Lael Neale: « Acquainted with Night »

Lael Neale est née en Virginie, mais son album Acquainted with Night est imprégné de la nostalgie de Los Angeles où l’auteure-compositrice-interprète vit depuis dix ans. L’album est un tout unifié, et les chansons s’entrelacent comme une tapisserie. Rien ne semble déplacé ou superflu, et ce n’est pas une coïncidence. Neale a passé des années à enregistrer des albums avec d’autres musiciens, pour ensuite les mettre de côté parce qu’ils ne sonnaient pas bien. Elle rêvait d’un certain son, et elle l’a trouvé quand elle a acquis un Omnichord, une sorte d’autoharpe électronique. Le son qu’elle avait en tête était celui des chansons dans leur forme la plus simple et la plus pure.

Guy Blakeslee, qui a aidé Lael Neale pour l’accompagnement et l’ingénierie, a fait référence au concept de « bandes perdues » et, de ce fait, ils voulaient situer l’album « hors du contexte du temps ». L’idée des cassettes perdues qui attendent d’être découvertes dans un grenier me rappelle la discographie retrouvée de Sibylle Baier et Connie Converse, et le sifflement du magnétophone 4 pistes ajoute à l’impression de vintage qui n’est pas dénué du contexte du temps mais qui est plutôt intemporel.

Neale mélange les influences du passé avec les meilleures chanteuses indépendantes d’aujourd’hui. Sur son morceau Every Star Shivers in the Dark, sa voix me rappelle la morosité d’Angel Olsen, et tout comme le dernier album d’Olsen Whole New Mess, Acquainted with Night de Neale contemple également la solitude. « Je vais peut-être te quitter/ Parce que je suis aussi un pèlerin » (I might be leaving you/ Because I am a pilgrim too), chante Lael Neale. Dans une autre chanson, « hird Floor Window », elle affirme que « le seul étranger est vous-même » (the only stranger is yourself).

Le disque aborde d’autres thèmes universels, comme la mortalité dans « How Far Is It to the Grave, » avec des paroles comme « Jusqu’où ira la fin ? / Seulement une vie, cher ami » ( How far is it to the end?/ Only a life, dear friend). Mais bien que les thèmes puissent sembler transcendants, l’écriture des chansons déborde encore de vulnérabilité. « Comment le soleil se révèle/ étourdi et sûr d’un matin lointain/ J’ai senti la chaîne sur ma peau/ enfermé dans mon ancien désir » (How the sun reveals herself/ dazed and sure of a distant morning/ I felt the chain upon my skin/ caged inside my ancient longing), confesse Lael Neale dans « White Wings ». Elle est comme ce soleil, qui éclaire nos désirs lointains.

Dans « For No One For Now », cependant, le banal transparaît, avec des descriptions d’activités quotidiennes comme porter des toasts et « plier des draps dans la chambre pour personne pour l’instant » (folding sheets in the bedroom for no one for now). Le done des parties percussives fait écho au rythme de la vie et à la façon dont nous nous comportons sans réfléchir. Cette monotonie est rompue dans la chanson suivante « Sliding Doors & Warm Summer Roses », où une flûte rejoint l’Omnichord, donnant l’impression que quelqu’un l’a prise pour la première fois depuis qu’il a joué de la flûte à bec au lycée, et remplissant les espaces entre les mots d’un émerveillement introspectif.

L’arrangement épuré des chansons empêche toute chanson de se démarquer, et l’écoute de l’album donne l’impression de conduire sur une autoroute – en douceur, sans encombre, sans effort. Tout y est juste suffisant. Les chansons crépitent comme de l’électricité au bout des doigts de quelqu’un, bourdonnant d’une tension qui ne se libère pas, mais qui, à la place, réchauffe l’auditeur.

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