Palberta: « Palberta5000 »

Tout est dans le nom. Zélé et fidèle à sa forme, Palberta5000 évoque une version allégée de ce qui fait Palberta, Palberta et c’est ce qu’elles livrent, sans circonspections Ani Ivry-Block, Lily Konigsberg et Nina Ryser, qui ont un style frénétique, s’en servent pour créer des chansons pop dynamiques et tendues. 

A la fois étudiés et autodidactes, avec des trous remplis d’instinct, un savant musical scratche a toujours été au cœur de l’identité du groupe, grâce à plus de huit ans d’échanges d’instruments, de lignes vocales et de styles musicaux. C’est sans doute cette même alchimie qui est à l’origine de la chorégraphie serrée des harmonies sur le nouveau disque. La danse de leurs voix qui s’entremêlent, planent au-dessus, se contournent et même se chevauchent communique une grande partie de la progression de Palberta vers un savoir-faire pop plus conventionnel.

Le terme « pop » représente ici la résonance émotionnelle. Bien sûr, il y a une structure de chanson plus traditionnelle qui suit, avec de grands refrains accrocheurs à la clé. Mais plus que tout, ces chansons sont humaines. Elles nous font ressentir. Certains morceaux sont capricieux, sujets à vaciller entre différents modes, ou s’épuisent. Sur « Fragile Place », des coups de poing, des lignes de guitare barbelées et un refrain doux et chuchotant s’échangent jusqu’à ce que le son atteigne son maximum et que le tempo diminue jusqu’à la fin. La pause acapella dans « Corner Store » souligne le caractère romantique du morceau, en développant ces sentiments chaleureux au fur et à mesure que chaque instrument est réintroduit un par un. « Hey ! » est une montée d’adrénaline, soutenue par une mélodie de basse à plein régime, presque caricaturale.

Sur les œuvres précédentes, la construction narrative du trio s’est faite à partir de petites vignettes, vives, détaillées, voire disparates, qui formaient une sorte de pointillisme populiste collé, un portrait qui se dessine finalement à quelques pas de distance. Leur huitième enregistrement en studio emprunte un chemin beaucoup plus direct pour raconter l’histoire piste par piste en construisant un monde intime qui n’existe qu’entre le « vous » et le « je » dans une chanson. En retour, leur style d’écriture idiosyncrasique prend une dimension universelle dans des paroles répétitives et singulières. Les réflexions hyper-spécifiques sur soi-même, sur l’amitié, sur les aliments du petit déjeuner, même les moments qui sont moins des réflexions et plus des chocs d’énergie ou des sentiments non raffinés deviennent tous des mélodies, deviennent des expériences partagées.

« Before I Got Here » arrive à un rythme effréné qui se maintient pendant une minute avant de se dissoudre dans quelque chose d’entièrement différent : une marche au collet saturée de cors triomphants et d’un picking brillant et métallique qui clôt l’album sur un ton célébrant leur nouvelle direction accomplie. Ce qui certifie que Palberta est un artiste complet va bien au-delà de sa capacité à faire de la grande musique. En effet, après presque dix ans d’existence, le groupe a modifié son style et son approche pour en faire quelque chose de totalement différent sur Palberta5000, et personne ne peut dire avec certitude vers quoi il se dirigera.

***1/2

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