Lina Tullgren: « Visiting »

Lina Tullgren a déjà deux albums à son actif, et elle a, ici, pensé à faire plus que de la musique basée sur des chansons ». Alors que les albums Won et Free Cell étaient des opus de slowcore habile et de paroles conflictuelles, ils n’aspiraient pas vraiment à être écoutés comme du rock indie typique. L’écoute attentive de ces deux albums a révélé des cadres qui englobaient la réverbération délavée « « Red Dawn ») ou l’improvisation folklorique (« Golden Babyland »). Même leurs concerts pour Free Cell, avec Tullgren soutenu par un ami jouant « un synthé atmosphérique, une clarinette et un saxophone », puisaient dans des idées de musique plus éparses et plus singulières. Entre-temps, ils ont préparé l’émission de radio « Back to You » sur KPISS.FM, qui semble dénicher un éventail éclectique de pop et d’improvisation.

Le timing de cette nouvelle sortie ne pouvait donc pas être meilleur pour Tullgren. La série est, en effet, un effort pour mettre en avant des artistes qui créent de la musique comme ils ne l’ont jamais fait auparavant. Pour l’édition inaugurale, Tullgren a retrouvé son premier instrument, le violon. Alors qu’il est présenté dans des moments fugaces sur Free Cell, Tullgren retrace leur destin avec cet instrument sous la forme d’improvisations véraces. Il transmet un nouveau langage sonore, parcourant les quelques zones cristallines avec tendresse et curiosité.

En commençant par « Gravel Foot », Tullgren commence à prendre de la hauteur avec le bourdonnement caverneux de cette matière première, se déplaçant subtilement et s’imprégnant du silence. En barattant avec grâce le son aiguisé du violon, ils construisent méticuleusement d’immenses murs mélodiques, étirant ces notes pour se délecter de la délicatesse de ce dessin pointu et brutal. À d’autres moments, Tullgren transmet de faibles tremblements, mais les manœuvres rapides des cordes font éclater de grandes dissonances tonales. Elles se déroulent comme des ressorts de rasoir. Dans les dernières minutes, l’artiste utilise des filtres de porte, empiétant de manière ludique sur un point limite de rebondissement où leur violon se désintègre pratiquement.

C’est un mouvement bienvenu qui s’affine encore sur les deux pistes de la face B. La première, « Put a Pin in It », se concentre sur les entailles glaciaires d’une note. Bien que cela puisse sembler minime, lorsqu’elles sont mises en boucle et collées les unes sur les autres, elles créent un sublime bourdonnement où le temps est rendu immobile. Ce dernier, « Centerline Rumble Strip », minimise encore plus ses sons. Des bandes de silence fétide font appel à l’acoustique de la pièce et à des bruits précis. Soudain, de robustes passages de violon percent, s’envolant littéralement vers le ciel. En maintenant un équilibre constant des deux éléments, la piste finit par atteindre un état d’équilibre.

Les trois improvisations de Visiting se consacrent à travailler l’une sur l’autre. Utilisant les leçons apprises sur le mouvement de la face A, Tullgren fait déformer le violon dans des fouilles éblouissantes du temps et de l’espace sur la face B. Tout cela ne sert pas seulement à réintroduire Lina Tullgren comme nouveau chef d’orchestre de bourdons vicieusement denses, mais vous fait vous demander quand Tullgren sera, pour de bon, le fer de lance du quatuor Astral Spirits.

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