Blackout Problems: « DARK »

Dès le départ, le troisième album du groupe allemand Blackout Problem est tout simplement superbe : il aborde des sujets allant de la désillusion politique, du doute existentiel et de l’anéantissement écocentrique aux notions d’amour jeune, d’angoisse adolescente et de croissance tout court. Une offre incroyable de la part d’un groupe incroyable.

Formé à Munich en 2012, Blackout Problems n’est pas étranger aux mystères et à la magie de la nouvelle version. Avec trois albums précédents, dont l’un est une version retravaillée de leur deuxième album Kaos, leur discographie est variée, vaste et vitriolique. Pourtant, leur troisième (véritable) album – et leur premier sur un grand label – est autre chose.     

Tout d’abord, le premier morceau (avec une majuscule appropriée), « MURDERER ». Ce morceau angoissé commence par un simple et rapide staccato et quelques fracas sur une batterie ; il est presque difficile de le concilier avec le cri d’armes incendiaire que provoque le grognement brûlant de Mario Radetzky. « Le meilleur politicien est un homme mort » (The best politician is a dead one), crie-t-il, faisant référence au récent meurtre d’un politicien allemand et faisant la satire de son assassin, un homme ayant des liens à la fois avec les partis ultranationalistes et les groupes néo-nazis ; ailleurs, des cris tels que « les livres brûlent mieux quand ils sont fraîchement pressés » ([b]ooks burn best when they’re freshly pressed), font référence au cauchemar dystopique et épistémologique de Fahrenheit 451, soulignant la désinformation qui sévit dans ces groupes enflammés. Pourtant, il est difficile de ne pas lire dans la piste, en particulier à la lumière des récents événements aux États-Unis. Lorsque des émeutiers armés lancent des défis à la démocratie et prennent d’assaut le Capitole, alimentés par les mensonges totalement faux et incroyablement dangereux d’un président (récemment démis de ses fonctions), les paroles défiant la mort du savoir et annonçant que le meilleur politicien est un homme mort prennent une signification entièrement nouvelle. Et ceci n’est qu’une chanson.

L’ensemble de l’album est brillant. Il y a un « BROTHER », énergique et chargé d’émotion, qui explore la renaissance de relations passées, d’amis qui se sont éloignés ; l’explosive « LADY EARTH », une protestation existentielle contre la disparition écologique d’un zeitgeist désabusé par l’espoir, et les weltschmerz de cette génération qui essaient et échouent à garder la raison ; le cynique, violent et dur « DRIVEBY », électriquement acerbe dans sa colère cinglante contre la prévalence de l’ignorance dans la société actuelle. Pendant ce temps, « HEAVEN », avec ses chanteurs superposés et magnifiquement harmonisés, donne l’image d’une congrégation sans nom : le refrain percutant qu’est«  Survive the depth of misery/ And solitude gets easy/ It slowly, slowly kills me » (survivre à la profondeur de la misère/ Et la solitude devient facile/ Elle me tue lentement, lentement) devient un éloge déchirant des vies perdues pour cause de santé mentale. 

Cela ne veut pas dire que le groupe ne trébuche pas ici et là. Prenez par exemple le morceau très émotionnel « GERMANY, GERMANY », dans lequel le groupe décrie l’histoire troublée de son pays ; il est peut-être un peu trop « poppy » pour ne pas donner l’impression de prendre la situation à la légère. 

Pourtant, c’est ce caractère poppy qui donne à l’album toute sa beauté. Que serait le titre « DARK, » par exemple, sans la tension de construction d’un instrumentaire au rythme effréné qui conduit à un refrain clame et entraînant ? Le cynisme et l’optimisme des paroles sembleraient vides si ce n’était de la basse proéminente de la batterie, des échos mauvais et auto-accordés. 

Bien sûr, l’album n’est pas parfait ; Blackout Problems semble parfois avoir du mal à équilibrer son sujet mélancolique et ses paroles sombres avec l’énergie contagieuse de ses instrumentaux et la force de la voix passionnée de Marino. C’est pourtant dans ce jonglage que le groupe prend toute sa mesure, une mesure qui s’avère être une offre fantastique et à revisiter encore et encore.

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