Weezer: « OK Human »

De toutes les combinaisons orchestre/groupe rock que vous pouvez imaginer, le jumelage de Weezer avec un ensemble complet de musiciens classiques devrait être l’une des plus gênantes et potentiellement désastreuses. Du moins, il est difficile de ne pas l’imaginer sur le papier. Mais maintenant que la nouvelle collaboration orchestrale surprise de Weezer, OK Human, est une chose réelle, il est temps de vérifier nos hypothèses, aussi fondées soient-elles. Il y a probablement une douzaine de raisons pour lesquelles l’institution alt-rock iconique, basée sur la guitare, aurait dû être mal adaptée pour travailler dans ce genre de cadre, et il y a une absurdité inhérente à la prémisse : Cuomo et ses compagnons de bande débranchant leurs amplificateurs et trempant son dernier lot de chansonnettes pop-rock dans des cordes au lieu de la distorsion de guitare qui définit le groupe.

Pire encore, depuis trois albums consécutifs, le groupe s’est fortement orienté dans une direction polie, voire pelucheuse. Même après être tombé dans un moment de bien-être culturel en 2018 avec leur reprise du « Africa » de Toto, Weezer a cyniquement essayé d’exploiter ce moment en produisant un album entier de reprises pop des années 80 de style similaire (lire : produit génériquement) sous la forme de l’album Teal de 2019. Weezer, semble-t-il, était un groupe désespérément à la recherche du prochain gadget. Il est donc logique que l’on puisse approcher OK Human avec une extrême prudence. Mais apparemment, Weezer n’avait plus de gadgets cette fois-ci, car Cuomo a prouvé une fois de plus à quel point le son de son groupe peut être remarquablement élastique.

Comme nous l’avons vu avec « Africa », une grande partie de l’ironie de Weezer a consisté à s’engager dans une forme d’ironie timide. Lorsque, par exemple, le groupe a emprunté le slogan « death to false metal » au groupe genré et musclé qu’est un Manowar qui en porte les attributs, la présentation a toujours semblé directe. Si vous optez pour ce genre de chose, le gag est censé se situer dans la dissonance entre l’image de Weezer et le choix du matériel. Mais à moins de considérer Weird Al Yankovich comme un génie de la bande dessinée, c’est un trope fatigué, qui aurait dû prendre sa retraite depuis longtemps.

Même les hommages gestuels de Weezer à la majesté du rock sentent la peur, de devoir cacher l’affection évidente de Cuomo pour la culture pop derrière un voile de fraîcheur, plutôt que de baisser sa garde et d’admettre qu’il aime quelque chose. Prenons le dernier exemple en date, la décision de choisir Van Weezer comme titre de leur prochain album, prévu dans trois mois. Au lieu de se contenter d’être amoureux de Van Halen, Cuomo ressent le besoin de répondre à l’attente du public qui va rire de la chose à laquelle il rend hommage. Il lance donc lui-même la plaisanterie, en plantant sa langue dans la joue pour être dans le coup, un peu comme un adolescent qui veut éviter qu’on se moque de lui.

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