Natasha Barrett: »Isostasie »

Après ne pas avoir entendu parler de cette merveilleuse sortie pendant plusieurs années, on a récemment revu une grande partie de son catalogue et on ne peut qu’être étonné par la, qualité 3D de cette sortie, ainsi que par les autres empreintes digitales qu’ont étéles parutions de Bouteilles de Klein à partir de 2010.  Le sens de la multidimensionnalité de ces enregistrements (et d’autres qui ne sont pas sur ce label) est d’abord curieux, comme dans « wow, c’est inhabituel », mais il se transforme ensuite rapidement en une fascination et un émerveillement enfantin devant le tableau sonore qui est disposé devant, au-dessus, en dessous et derrière vous.  

On veut, ici, dire que ce genre de choses est totalement surréaliste !  Ce qui est intéressant c’est que, même si Mme Barrett semble vivre et respirer la technologie, ses sources sonores sont essentiellement naturelles et élémentaires.  En lisant certaines des notes sur son site/blog, elle n’a pas peur de sortir dans le monde pour capturer l’environnement sous forme d’enregistrements sur le terrain. Certaines de ces excursions semblent carrément risquées. Le morceau le plus long de ce disque, « Viva la Selva ! », nous emmène dans un voyage sonore de 18 minutes à travers une forêt tropicale d’Amérique centrale. Des sons incorporels/immatériels semblent approcher l’auditeur de toutes les directions. Les sons humains sont parfois substitués aux sons animaux, et la distinction est souvent floue. La forêt tropicale nocturne est à la fois invitante et menaçante. La spatialité de tout cela est stupéfiante.

En parlant de spatialité, c’est une qualité qui se retrouve dans la plupart de ses musiques. IL n’est que de commencer ce texte en disant qu’elle peint sur une surface noire. Cela se peut dire parce que les perceptions sensorielles que l’auditeur reçoit en écoutant sa musique semblent provenir d’un paysage sombre et non d’une direction particulière dans l’espace. Dans la piste « The Utility of Space », la voix humaine et d’autres sons indéterminés semblent se matérialiser à partir d’une source de velours noir, pour être ensuite momentanément illuminés afin de permettre au cerveau d’enregistrer qu’ils sont bien là. Le morceau phare sur l’album « Red Snow » contient tellement de friandises sonores que l’auditeur est ravi de les découvrir que cette richesse en est presque exagéré. Entre tous les micro-sons qui tournent autour de la scène sonore tridimensionnelle et les sons terrestres plus organiques comme des bruits de pas dans la neige croquante… l’esprit a du mal à suivre le rythme.

Les morceaux plus courts de cet album ne sont pas moins attrayants. Les trois premières œuvres forment une trilogie intitulée « Three Fictions » et chacune présente à l’auditeur un microclimat ou un événement météorologique différent. Sur ces fonds, le compositeur a ajouté une voix féminine chuchotée qui confère à la pièce une qualité fantasmagorique/mystique. La voix chuchotée prend forme de nulle part sans que rien de concret ne la maintienne en place… un murmure de néant qui se forme en quelque sorte sur la psyché de l’auditeur, ne serait-ce que pendant quelques secondes avant de se désintégrer en quelque chose de moins que sa structure moléculaire… pour toujours.

C’est une musique qui ne se révèle pas complètement à la première écoute, ni d’ailleurs à la dixième.  Au lieu de cela, chaque visite à ces œuvres est comme une nouvelle écoute. De nouveaux sons que vous jurez n’avoir jamais entendus auparavant apparaissent de nulle part.  On ne peut que se détendre et se laisser envahir par ces sons. Si vous êtes un fan des enregistrements ambisoniques ou binauraux, il vous sera facile de recommander Natasha Barrett. Si vous êtes un auditeur plus aguerri d’Acousmatic mais que vous ne l’avez jamais entendue, il vous sera suggéré de courir (et non de marcher) jusqu’à votre vendeur préféré et de faire le grand saut. Une écoute attentive au casque est fortement recommandée. Le compositeur utilise largement les fréquences profondes et subsoniques.  Personnellement, pour un type qui aime écouter de la musique Acousmatic à des volumes assez élevés, la musique de Barrett n’exige pas du tout cela.  En fait, à titre de mise en garde, ces sons profonds (pas bas, mais profonds) peuvent vraiment faire un malheur au casque ou aux écouteurs.  Un volume plus faible est de mise ici, et cela n’enlève rien au plaisir de l’expérience.  Sans casque, un subwoofer fera des merveilles. Isostasie est un point de départ fantastique et il sonne envoie et occasion d’une nouvelle plongée dans Bouteilles de Klein incessamment sous peu.

****1/2

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