Lice: « Wasteland: What Ails Our People Is Clear »

Le nouveau record de Lice, Wasteland : What Ails Our People Is Clearpossède un langage musical construit moins autour de l’accord, de la mélodie ou du kick drum, et plus autour de l’alliage, du rivet, du boulon ou de la charnière. Les arrangements semblent soudés. L’impie « Arbiter » gémit sous son propre poids. Les chansons les plus lourdes bouillonnent et bouillonnent de grandes missives stentoriennes sur les « névroses sexuelles pernicieuses », livrées avec une sorte de raillerie frénétique et malicieuse. Au début de « Pariah », les cadences vocales s’accrochent à la caisse claire comme le bruit mécanique d’un marteau-piqueur sur le point d’épuiser ses batteries, soutenu par une ligne de guitare en tôle qui trille comme une perceuse à air comprimé. Les poux ont même fait construire une machine à bruit spécialement pour le disque, c’est un ricanement percutant qui court sur les bords des pistes « Conveyor » et « Espontaneo ».

L’exosquelette comporte encore des fissures. Le chaos est parfois perturbé par la progression des accords de cérémonie dans « Serata » et par la beauté étourdissante de la première moitié de « Clear ». Bien que le hurlement d’Alastair Shuttleworth soit si incompréhensible qu’il peut aussi bien être muet, dans « Arbiter », il s’harmonise avec les guitares et la batterie qui s’entrechoquent pour former un bref moment semi-choral qui semble déchirer un trou dans le ciel. « Persuader » fait entendre des clics et des ronflements avant de se déployer timidement dans une coda technicolore indéniablement jolie. C’est un moment de lumière captivant qui s’évapore avec les premières convulsions d’ « Arbiter ». Ces petits moments de décompression sont brefs mais nécessaires. Sans eux, l’album risque de se sentir lourd, une cacophonie pointue sans répit.

De la même manière que la polarisation politique croissante de notre époque, mon milieu culturel s’est érodé au profit d’une forte opposition. Ces huit derniers mois environ, j’ai profité du bonheur sonore chatoyant des Beach Boys et mangé beaucoup de baklava, tout en lisant le traitement magistral mais sombre de la famine chinoise par Frank Dikötter. Les deux seuls nouveaux disques peuvent vraiment nous frapper sont Hey Colossus avec Dances/Curses et Lice Wasteland. C’est un opus de la trempe deces derniers qui peut revigorer et redonner de l’énergie. Oui, il se trouve peut-être à la fin d’un spectre sonore, mais vos oreilles seront moins embuées et plus claires.

***1/2

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