Anna B Savage: « A Common Turn »

Le « grand art » a-t-il jamais été facile ? Une propension naturelle pour le domaine que vous avez choisi graissera les rouages, mais les gens se souviennent-ils des grands disques parce qu’ils concernent le fait que tout y est merveilleux et que tout y est bien imis en placeen matière de rouages ?

Nous avons besoin d’espoir ; la conclusion est que tout n’est pas perdu. Mais nous devons être capables de ressentir une parenté, de nous connecter avec la personne, à travers les paroles et la gravité émotionnelle de la musique.

Anna B Savage a une voix qui pourrait arrêter la circulation. Ceci est finement exposé à mi-chemin de « Corncrakes » lors ce que tout semble s’effondrer ; il n’y a plus que le silence, le monde s’arrête de tourner et on pouvait entendre une épingle tomber, ensuite Savage se manifeste a capella et le monde redémarre. C’est peut-être une métaphore su projet que nous pouvons avoir pour 2021, celui qui permettrait à la race humaine de se remettre en mouvement, de se voir et de converger dans une pièce pour écouter, regarder et vivre à nouveau.

L’histoire de Savage commence en 2015, quand elle a sorti son premier EP éponyme, beau et austère et après lequel elle a ensuite été frappée par le blocage des écrivains. Les années qui se sont écoulées entre-temps ont permis de faire sauter le barrage, d’ouvrir les vannes et de faire d’autres analogies avec l’eau qui coule.

Ce qui a suivi a été cette incroyable collection de chansons (plus deux du EP, réenregistrées) qui mettent à nu son âme et créent, dans des détails intimes et immaculés, une belle narration, avec la nature comme métaphore constante ou point de départ des paroles du confessionnal.

Le disque s’ouvre sur une introduction cinématographique, « A Steady Warmth », le son d’une volée d’oiseaux sur un écho réverbérant qui évoque un lac cristallin à l’aube. Le bruit de la faune qui se réveille et son refrain se mélange et ricoche sur l’eau.

Ce qui mène parfaitement à « Corncrakes », l’e calme avant le premier éclair et la voix solitaire d’Anna avant qu’il n’éclate dans la vie. Il pourrait s’agir d’un montage documentaire sur la faune, accéléré pour montrer la croissance d’une fleur, le changement de paysage ou le mouvement des animaux. Tout en décrivant le doute de soi et l’engourdissement consécutif à un traumatisme. Un thème qui se poursuit avec « Dead Pursuits », qui documente la fin d’une relation (comme une grande partie de l’album), mais plus précisément la sortie et la tentative de se redécouvrir et l’incapacité paralysante d’être et de s’exprimer.

Le brillant de ce disque vient de William Doyle qui est le seul autre musicien et dont la production élève ces chansons immaculées au rang d’une œuvre d’art cohérente, voire d’un disque concept. « Baby Grand » est une histoire déchirante d’amour non dit et peut-être non partagé.

Ce qui a peut-être permis à Savage de sortir de son blocage d’écrivain, c’est le style d’écriture narrative. Elle utilise presque un style de scénario, avec des détails minutieux et des situations spécifiques du moment, comme celles que l’on n’entend pas tous les jours. Elle nous donne des indications scéniques au moindre contact de la main ou de la jambe et des coups mémorables et ludiques sur la tête.

Le seul petit faux pas ici est peut-être sur la première nouvelle version d’une chanson plus ancienne du premier EP, Two, où la rupture introduit une impulsion électronique rapide qui fait mal au refrain, ce qui est un peu incongru au début mais devient attendu lors des réécoutes. Le refrain se prête cependant à un remix et c’est peut-être un compromis.

L’ordre des pistes permet à ce disque de s’écouler avec grâce, les singles ayant des portes au début puis vers la fin leur donnant à tous de l’air pour respirer et un contexte. Comme elle l’a dit dans l’interview que j’ai eue avec elle, il y avait une méthode, une chronologie à la nature autobiographique du disque.

A Common Turn est merveilleusement intense. Le refrain est musicalement lourd, la section la plus bruyante de l’album, la guitare surchargée et le tambour tonitruant, il vous ramène à ce lac, mais il y a du grabuge, un essaim d’oiseaux plongeant dans l’eau, une frénésie.

Il y a un film qui doit accompagner le disque cette année, mais naturellement tout a été repoussé, cependant on a l’impression qu’il faut un film grand écran pour l’accompagner.

A Common Turn tient toutes les promesses faites par les « single »s et ce EP il y a six ans. Cela valait la peine d’attendre.

Le stress et les tensions ont permis de réaliser une œuvre d’art pure, qui est pour l’auditeur une cacophonie stupéfiante et un élixir pour les oreilles. Il faut espérer qu’Anna en récolte maintenant les fruits. Une émigration loin de la vie d’un oisillon pour devenir un oiseau adulte, les ailes déployées et prêt à s’envoler.

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