Vilde & Inga: « How Forests Think »

Lorsque les artistes se font appeler par leur prénom, cela implique souvent une certaine familiarité. Dans le cas de la violoniste Vilde Sandve Alnæs et de la contrebassiste Inga Margrete Aas, cette familiarité n’a pas été avec le public, mais entre elles. Les deux premiers albums du duo norvégien projettent une dynamique tellement imbriquée que les mots supplémentaires, qu’il s’agisse de descripteurs de genre ou de noms de famille, ne font qu’entraver la musique. Mais, sur How Forests Think, le duo ouvre son processus à des apports extérieurs.  

Inspiré par des musiciens comme Jana Winderen et Alvin Curran, et des écrivains comme Sabine Feisst et Eduardo Kohn, le duo a décidé de placer sa musique dans des lieux de manière à affirmer notre existence dans des contextes. Les qualités acoustiques de chacun des lieux sélectionnés façonnent la musique, et l’artiste sonore Benjamin Maumus, dont les sélections de microphones mettent en valeur les qualités de chaque lieu, est également un contributeur essentiel. Ces lieux comprennent une forêt en dehors d’Oslo, un dock près du centre ville, le mausolée Emmanuel Vigeland et, comme une sorte de ligne de base sonore, un studio d’enregistrement.

L’album est divisé en deux CD, l’un enregistré à l’intérieur, l’autre à l’extérieur. Le premier disque s’ouvre sur un morceau enregistré dans le mausolée de Vigeland, une voûte de pierre sans fenêtre à l’acoustique très résonnante. Le son soutenu de la contrebasse vous frappe comme une vague ; des sons supplémentaires, plus courts, de l’alto la suivent, créant un effet de houle océanique. Lorsqu’il est au Mausolée, le duo laisse judicieusement la salle faire le plus gros du travail. Leur travail consiste à décider comment faire ressortir la présence de la pièce et rester hors de son chemin. Les pistes du studio, en revanche, sont ultra-fermées par un micro. Les techniques des musiciens, qui consistent principalement à gratter ou à taper sur les différentes parties de leurs instruments, attirent l’attention sur un espace beaucoup plus restreint, à savoir la distance entre le micro et quelques surfaces en bois. 

Le duo se situe dans des espaces beaucoup plus grands et plus diffus sur l’autre disque. Le lieu d’Oslo est assez liminaire, les musiciens se situant entre le bruit de l’eau frappant un bateau attaché d’une part, et celui de la circulation au loin d’autre part, tandis que les mouettes font un commentaire grinçant sur l’action. Les musiciens ont l’air d’être en équilibre sur la frontière, jouant les uns avec les autres, constituant une strate dans un champ sonore à plusieurs niveaux. Dans la forêt, différentes espèces d’oiseaux et le bruit vert du vent qui souffle dans les arbres entourent les musiciens, qui jouent les qualités boisées de leurs instruments. 

A leur crédit, la musique de Vilde et Inga est déjà difficile à situer dans un genre. En ajoutant à leur technique classique une conscience spatiale et environnementale et une ouverture aux sons associés à la musique improvisée, ils ont rendu encore plus difficile de savoir où classer leur disque, mais encore plus gratifiant d’écouter ce qu’ils y ont mis.

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