Sam Moss: »Shapes »

Sam Moss peit être un guitariste d’enfer quand il est d’humeur, il « parle » couramment le folk, le jazz, le blues et le country, et il est capable de jouer de la six cordes sans le moindre problème. Il joue localement dans un groupe de reprises country et western appelé Rear Defroster, dont la rauque « feell good » atmosphère éclate périodiquement dans une démonstration de virtuosité technique. Mais Moss a aussi le don de la retenue. Son dernier album, Shapes, est réduit à de la fumée et des ombres, les parties instrumentales sont réticentes, les mélodies fortes mais tremblantes, livrées dans un ténor filiforme et murmurant, le backing band réduit au minimum, la batterie à la basse, les cordes occasionnelles et pas grand chose. Tout comme Richard Buckner, Damien Jurado et d’autres artistes à la voix douce, Moss a la capacité de faire beaucoup de choses avec peu de moyens et d’obtenir un coup de poing dévastateur avec très peu de force.

Le morceau d’ouverture, « Shapes Out of the Dark », est du Moss stricto-sensuen matière de guitare, avec lumière et l’air se frayant passages dans les espaces entre les notes. Ici, Moss met un rebond jazzy, façon Django Reinhardt dans son frappé de guitare, mais en gardant le volume bas. Le ton est triste, la mélodie se courbe en douceur, comme il le fait remarquer : « Vous n’étiez pas préparés à la façon dont le monde s’est effondré sur vous/ avec un coup lourd et sourd, cette lueur de jeunesse est assommée » (You were unprepared for the way the world came down on you/with a dull heavy blow, that youthful glow is knocked out of you).

Ailleurs, un petit ensemble remplit ces chansons adroites et épurées. Moss lui-même joue de la guitare et parfois du violon, Benjamin Burns de Honeysuckle est à la batterie, Michael Siegel joue de la basse et Stephen Ambra, très occasionnellement, comme sur le subtil « Ways », ajoute un peu de violoncelle. Parmi les morceaux denses et complets, « Talkers » est peut-être le plus fort, avec son rythme endiablé à trois bases, son son de guitare et de violoncelle au timbre profond, son battement, sa voix chargée d’émotion. Un break instrumental particulièrement fin coupe la mélodie en deux, permettant une interaction riche et vibrante entre la guitare électrique, la basse et le violoncelle.

Les paroles de Moss sont plutôt bonnes aussi, pleines de la contemplation tranquille du vieillissement et de la mort, mais pas du tout effrayées par elles. Le morceau « Morning Light », choisi en treillis et surtout optimiste, évoque l’agréable surprise de se réveiller avec un être cher. Il équilibre finement le contentement et l’angoisse existentielle dans la phrase : « Nos jours ne seront pas assez longs pour dire que j’avais assez connu ton toucher pour être satisfait, je me demande ce qui va suivre ? » (Our days will not be long enough to say I had known your touch enough as to be satisfied, I wonder what is next ?)

Shapes est un album drôle, dans la mesure où il se rétrécit un peu à l’écoute. Il insiste pour se glisser dans le fond. Il détourne l’attention de lui-même. Pourtant, si vous l’écoutez un moment, vous vous rendez compte qu’il est calme mais résonnant, comme un diapason que vous entendez à peine, mais qui vibre avec tous les sons qui vous entourent. Penchez-vous un peu. Cela en vaut la peine.

***1/2

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