Steve Earle & The Dukes: « J.T. »

Il est incontestable que la circonstance la plus tragique qu’un parent puisse rencontrer est la mort d’un enfant. Lorsque le fils de Steve Earle, Justin Townes Earle, est mort il y a quelques mois de ce que l’on croit maintenant être une overdose de drogue, cela a dû être particulièrement douloureux pour l’aîné, surtout si l’on tient compte du fait que les deux avaient été séparés pendant une grande partie de la vie de son fils. Pendant une brève période à l’aube de sa carrière musicale, Justin a fait un apprentissage dans le groupe de son père avant d’être expulsé après que ses problèmes de drogue se soient aggravés au point qu’il ne pouvait plus exercer efficacement son métier.

Avec le temps, il en est arrivé à un point où le père et le fils se reconnaissaient à peine et où ils passaient souvent comme deux navires dans la nuit lorsqu’ils partageaient le même lieu. Mais ces dernières années, la relation s’est améliorée au point de se réconcilier. Townes avait, à cetégard, reconnu que les deux avaient comblé leur fossé, du moins jusqu’à un certain point mais qu’il était inévitable que perduraient encore un certain conflit de personnalités.

Compte tenu de cette proposition problématique, il est également inévitable que la mort de son fils entraîne une réaction émotionnelle variée. Le chagrin est indéniable, mais avec J.T., le nouvel album d’Earle qui se compose principalement d’originaux de Justin (à l’exception de la dernière chanson, « Last Words », écrite par l’aîné Earle en guise d’adieu final), l’ambiance est étonnamment optimiste.

Accompagné comme toujours par son ancien groupe de choristes, les Dukes, Earle met l’accent sur une énergie et un enthousiasme qui démentent tout sentiment de tristesse et de désespoir. C’est particulièrement évident dans des sélections aussi tapageuses et turbulentes que « I Don’t Care », « Maria », « They Killed John Henry » et « Harlem River Blues », qui se présentent toutes comme des sortes dodes interprétées par de joyeux lurons, avides mais sans prétention. Il faut attribuer aux Dukes le mérite d’avoir fourni cette propulsion et, on peut le supposer, le soulagement thérapeutique nécessaire pour donner à Earle l’élan nécessaire à la réalisation du projet.

Cela dit, J.T. n’est pas sans avoir nous offrir des moments plus sombres. Le sombre effet de drone qui accompagne « Far Away in Another Town » et les regrets et remords que l’on retrouve dans la tristement prophétique « Turn Out My Lights », « Je te vois en rêve » (I can see you in my dreams,) soulignent le trouble et l’agitation auxquels J.T. a dû faire face trop souvent, tant sur le plan personnel que professionnel. Il ne reste plus qu’à la coda de clôture « Last Words » pour qu’Earle exprime pleinement la perte et le désir qui lui restent après la mort de son fils.

« J’étais là quand tu es né », chante-t-il tristement. Les derniers mots de moi étaient « Je t’aime aussi ». Il continue en déplorant la confusion et le conflit qui ont inévitablement fait des ravages : « Je ne sais pas pourquoi tu as tant souffert. Je sais juste que tu l’as fait et je me sens si triste… Tu m’as fait rire et pleurer… Je t’ai aimé toute ta vie » (I don’t know why you hurt so bad. I just know you did and I feel so sad…You made me laugh and made me cry…I loved you for all your life.).

En effet, le chagrin d’amour est supportable et on ne peut s’empêcher d’être ému à la fois par la confession et la franchise. Ici en tout cas, la bouleversant n’est pmanifestation dont on peut douter de la véracité.

***1/2

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :