Farer: « Monad »

Le doom est un de ces genres qui peuvent être à la base de tout, car de nos jours, il est plus que le doom dans le sens de combos comme Type-O Negative ou de Candlemass, il est aussi utilisé comme description d’une certaine attitude et d’une certaine gamme de musique quelque part entre Domkraft et Sunn O))), BADA et Wino d’Anna von Hauswolff. Mais la décrire simplement comme un état d’esprit ne suffit pas non plus, car, contrairement au punk, le doom ne peut pas être une attitude. 

C’est ce que l’on remarque également en écoutant les mixeurs de doom/noise Farer, qui viennent de sortir leur premier « long play » Monad. Mais les membres du groupe ne sont certainement pas des nouveaux venus, puisqu’ils jouent sous le nom de Menhir depuis 2013 et comprennent des membres d’Ortega. L’année dernière, ils ont choisi Farer comme nouveau patronyme, ce qui a entraîné un changement de style et de son. Alors qu’Ortega gravite davantage vers le post-métal, Farer est un bâtard de doom et de bruit d’avant-garde. 

Leur premier album de 52 minutes possède quatre «géniteurs » – Sumac, Boris, The Body et Briqueville. Une étrange combinaison ? Peut-être, mais Farer joue aussi une musique étrange. Tout d’abord, ils semblent vouloir donner l’impression d’être sur les chemins d’un ouragan. Il y a toujours ce sentiment de tempête dans leur musique, qui est aussi un indice clair de leurs bruits d’aspiration. La distorsion est réglée pour résonner sur elle-même, de sorte qu’elle continue à résonner en elle-même, créant ce genre d’effet de spirale qui attire l’auditeur de plus en plus haut. Ce dernier effet est également renforcé par le fait qu’ils utilisent parfois quelques bribes plus petites en arrière-plan pour renforcer encore leur énorme paysage sonore, de sorte que l’air devient plus épais et l’oxygène de moins en moins. Le moment le plus drôle est celui de la fin du morceau d’ouverture « Phanes », où l’on remarque qu’une partie de ces bribes était un choral bien chantant, utilisé dans les parties de la tempête qui sont moins franches mais toujours audibles. 

Le groupe joue avec des sons industriels dans « Asulon », le deuxième morceau, ce qui donne à cette chanson un air de « Godflesh », même si c’est peut-être une idée très personnelle. Néanmoins, c’est aussi le morceau qui ressemble le plus à Briqueville. Le chant clair du début du morceau le relie très bien à la fin de « Phanes », comme nous l’avons déjà mentionné. Les méandres des réverbérations industrielles en arrière-plan se superposent au dangereux paysage sonore de base omniprésent qui relie tous les morceaux et qui fait de cet album une unité très cohérente. Dans « Asulon », les guitares prennent le relais après 5,20 minutes et transforment encore plus ce morceau en une chanson qui se démarque. Hélas, il ne faut pas oublier que la création d’un « titre exceptionnel » n’est probablement pas ce que Farer avait en tête, ils voulaient créer un album exceptionnel et ils l’ont vraiment fait. Les guitares noise qui sont en partie Sumac, en partie Sonic Youth et toujours Farer sont combinées avec de merveilleux petits changements de batterie. Même quand nous avons un crescendo de guitares qui essaie d’aller au-devant de tout le reste, il est toujours retenu par les autres instruments, de sorte que nous ne pouvons que nous demander si le groupe est efficace. 

Ils nous montrent tellement dans les deux dernières chansons « Moros » et « Elpis » qu’on comprend pourquoi Menhir n’a publié qu’un seul EP en 2016 avant que le groupe ne change de sonorité, d’écriture, d’approche et ne développe de nouvelles chansons. Le choix a dû être difficile, mais en écoutant « Moros », on reconnaît un groupe qui a choisi de ne pas choisir entre les choses mais d’être aussi libre et sans frontières que possible. Tout fonctionne pour le meilleur du disque. 

Monad n’est ni plus ni moins qu’une raison de plus pour se retenir avec ses listes AOTY jusqu’en décembre. Ce groupe va aller loin s’il publie plus de musique dans la veine de ses débuts avec autant de chansons de haute qualité garnies d’autant de bruit vertueux que ces quatre titres. Et, comme si c’était la chose la plus simple au monde, ils montrent ce qu’est le destin ; à savoir est écrire un disque qui ne se soucie pas de ce qu’est le doom mais qui le définit comme eux-mêmes le souhaitent faire.

***1/2

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