Matthew Shipp: « The Piano Equation »

Le pianiste de jazz Matthew Shipp a eu soixante ans cette année et l’a célébré en partie avec la sortie en solo de The Piano Equation. Shipp est un artiste extraordinairement prolifique, avec des dizaines d’enregistrements en tant que leader ou co-leader et de nombreux autres en tant que musicien de soutien ; son catalogue solo est à lui seul très étendu. Malgré cet embarras de la richesse, The Piano Equation est un enregistrement remarquable, un résumé de pointe de la myriade de styles de jeu dont dispose Shipp. 

La piste de titre fait passer les identités harmoniques des changements modaux aux structures dissonantes, toutes soutenant une mélodie en arc de cercle et aux longues lignes. « Swing Note from Deep Space » se singularises une atmosphèrequasi monastique, avec un phrasé de hard bop, une basse flottante et des passages filigranés. C’est l’une des nombreuses piste multi facettes de l’enregistrement,

« Void Equation » va se déplacer entre pointillisme et riffs bleutés et construit un ostinato rapide avant de revenir à la nature fragmentaire de son ouverture alors que « Piano in Hyperspace » baladera se ballade complexe avec des interjections verticales staccato qui donnent un peu de grain pour contrecarrer des textures autrement limpides. Deux autres ballades, « Land of the Secrets » et « Tone Pockets », montrent Shipp créant des tourbillons impressionnistes de matériaux néo-traditionnels dans un contraste délicat avec ses propositions plus modernes.

Tout comme le pianiste peut jouer avec une grande délicatesse, Shipp peut aussi se laisser emporter par un tsunami de jeu libre et puissant, comme il le fait sur « Vortex Factor » ou un « Radio Signals Equation » qui est une version propulsive et swingée de la post-tonalité, tandis qu « »Clown Pulse » mettra en avant une version bosselée du hard bop. Fleuve et varié en termes de surface, ses blocs asymétriques prenant une tournure stravinskienne, « Emission » montre Shipp à son meilleur et, plus proch, « Cosmic Juice » se distingue également, avec des décalages angulaires entre les registres, périodiquement suspendus par une répétition minimale et des passages graves sépulcralistes compensés par des accords de registre aigu à voix serrée et des tessons de matériau mélodique. 

The Piano Equation n’est qu’un des nombreux enregistrements publiés cette année par le sexagénaire Shipp. Son énergie et sa créativité sont infatigables et ne montrent aucun signe de fléchissement.

***1/2

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