Cuddle Magic: « Bath »

Il est exact que, parfois, le fait de s’imposer des contraintes artistiques peut aider notre créativité à s’épanouir, nous forcer à nous concentrer sur de nouvelles approches et à considérer l’imperfection comme un élément positif du processus créatif. Il est également vrai que nous chantons tous mieux sous la douche que partout ailleurs. Ces deux vérités sont essentielles pour apprécier le dernier album de Cuddle Magic, Bath.

L’idée a germé il y a quelques années, lorsque le groupe de six musiciens a aménagé son espace de vie commun pour en faire un grand studio d’enregistrement organique. Mais rien n’a vraiment collé, à part un enregistrement : une chanson créée avec le groupe entassé dans la salle de bain, chantant autour d’un orgue de pompe. Des années plus tard, cette approche allait devenir la réalité du processus d’enregistrement de Bath. L’album a été enregistré entièrement dans la salle de bains, les six musiciens jouant ensemble en étroite proximité. Les sons rebondissent sur les murs, les voix se mélangent, les instruments sont joués avec une oreille pour trouver un mélange acoustique parfait entre eux. La contrainte de limiter l’enregistrement à un seul espace, non conventionnel, transforme l’album en une exploration de la manière dont nous enregistrons et collaborons.

L’installation fait des merveilles pour Bath, qui sonne organiquement luxuriant et stratifié grâce à la réverbération de la salle de bains. Ce sont des chansons dans lesquelles on peut s’enfoncer, des chansons dans lesquelles on peut s’imprégner en brûlant une jolie bougie. L’orgue à pompe pose les fondations moussues sur lesquelles dansent les guitares acoustiques – tandis que Benjamin Lazar Davis et Kristin Slipp offrent des chants qui, d’une certaine manière, parviennent à être délicats et imposants en même temps, comme quelqu’un qui vous donne un message important dans un rêve.

S’il y a un inconvénient aux contraintes techniques de Bath, c’est que ses titres peuvent commencer à se fondre les unes dans les autres, chacune ayant un timbre assez semblable qui sacrifie la mémorisation pour la cohésion. Mais cet inconvénient est surtout atténué par les lignes mélodiques de l’album, dont certaines restent dans votre tête pendant des jours. Sur des morceauxcomme « What if I » et « Singalong », les refrains sont travaillés avec précision, en utilisant une répétition parfaite pour vous accrocher l’oreille. Ainsi, cette dernière chanson s’oppose également à un « critique musical paresseux qui veut être cruel » (lazy music critic who wants to be cruel), tout en nous faisant nous dire que, peut-être, nos réflexions et mots ne sot que temps perdu.

L’élément le moins cohérent du disque réside en fait dans ses textes ; ils fluctuent entre ces divers qualificatifs que sont émouvants et utiles, mais aussi maladroits. La plupart des morceaux documentent l’amour et la tendresse avec sérieux, sinon avec illumination. Il y a, toutefois, des morceaux marquants, comme « Working on Me », une ode au perfectionnement et un appel à la patience que nous pourrions tous faire à un ami ou à un partenaire en essayant de nous améliorer. Moins fréquemment, certaines lignes se distinguent par leur maladresse : La déclaration de Slipp selon laquelle son amour est « plus grand que le lapin de Pâques le jour de Pâque » (bigger than the Easter Bunny on Easter Day) n’est pas très romantique, et encore moins logique. 

Dans une certaine mesure, cependant, la véritable thèse de Bath réside dans sa forme, et non dans son contenu. Il s’agit d’un document sur notre relation les uns avec les autres, la magie qui peut être simplement de coexister dans un espace ensemble. Il y a un monde où le dispositif d’enregistrement du dique se lit comme un gadget, mais ce monde n’est pas celui dans lequel nous vivons actuellement ; alors que lin est ici, relégué à l’isolement en raison de la pandémie, il y a matière à touver une profondeur dans Bath. C’est une belle chose en effet que celle de six amis et collaborateurs qui partagent un espace et produisent de l’art ensemble. Cela aurait été facile à prendre pour acquis, mais au lieu de cela, il sert maintenant de témoignage d’une chaleur à laquelle nous pouvons espérer revenir.

***1/2

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