Marika Hackman: « Covers »

C’est une histoire aussi vieille que le temps (actuel) : une ferveur induite par la quarantaine qui engendre un besoin incessant de créer. Mais avec le temps qui semble interminable vient une sorte de fardeau. Si vous donnez un clavier à une fille, elle va se trouver face à une quantité interminable de possibilités. On peut parier que ce n’est pas un sentiment inconnu, même pour ceux qui ne possèdent pas la force créative de la chanteuse et compositrice Marika Hackman. Parfois, vous avez tellement de choses à dire que l’idée de tenter d’articuler quoi que ce soit devient pratiquement impossible. 

Alors, comme la plupart des artistes, Hackman a rejoué ses morceaux de réconfort ; un peu de Radiohead, un peu d’Elliott Smith, dans un effort pour se forger un plus grand sens de l’inspiration. C’est alors que Hackman a eu une révélation : pourquoi ne pas simplement faire un album de reprises ?

Qu’ont donc en commun Grimes, Beyoncé et The Shins )? En général, pas grand chose. Mais avec les reprises, Hackman démonte une variété de morceaux uniques pour reconstruire un album cousu si serré qu’il est presque impossible de retrouver les coutures d’origine. C’est ce que l’on appelle donner à l’album le style Hackman d’antan.  

Et le flair de Hackman est réintroduit par le coproducteur David Wrench (Frank Ocean, The xx, Let’s Eat Grandma), l’esprit derrière son disque de 2019, Any Human Friend. Sur Covers Hackman déterre les racines de son premier album We Slept At Last. Comme son premier album, Covers est un album électro-folk tout en douceur. Mais à l’occasion, on entend des germes de cordes baroques et de guitare méditative.

Avec Radiohead, “You Never Wash Up After Yourself”, l’avant-dernier morceau de l’EP du groupe en 1994, My Iron Lung, Hackman échange les gémissements de Thom Yorke et la berceuse de Jonny Greenwood contre une mélodie presque acapella. Les harmonies de réverbération rampent sur des tonalités douces et des synthés fantomatiques, tandis qu’un léger bourdonnement de mouche serpente tout au long du morceau, peut-être un clin d’œil aux thèmes en décomposition : “Everything is starting to die/The dust settles, the worms dig » (Tout commence à mourir/La poussière se dépose, les vers se mettent à creuser).

Un timbre d’appréhension et quelques coups de chapeau signalent alors le titres suivant : « Phantom Limb », de The Shins. Une fois de plus, Hackman se lave les mains du tempo original et interprète un arrangement de riffs de guitare original de The Shins qui sonne comme s’il pouvait être tiré de l’album de 2013 de Daughter, If You Leave, mais non sans quelques synthés. Tout comme les deux premiers morceaux, beaucoup de chansons de la pochette retirent une poignée de cloches et de sifflets de l’enregistrement original. Prenez par exemple « Realiti » de Grimes. A l’origine, Hackman, vêtue d’un costume de danseuse cyborgienne, se contente de chanter, sa voix étant l’attraction principale, en éclarant: “welcome to reality.”

Il y a quelques exceptions à la réimagination de Hackman.” Between the Bars” d’Elliott Smith suit la même mélodie de guitare, mais n’y ajoute qu’une touche de trémolo, faisant vaciller la voix de Hackman à côté d’un léger coup de caisse claire. Le dernier morceau, “All Night”, est tiré de l’album Lemonade de Beyoncé, acclamé par la critique. À un rythme plus lent, mais tout aussi assuré, Hackman utilise des voix superposées tout au long de la chanson, ce qui lui donne une mélodie plus émotive et écrasante. Surpasser Beyonce ? Jon pourrait dire que ce serait un exploit.

Tout cela dans le confort de la chambre de ses parents, Hackman nous donne un aperçu de sa playlist de quarantaine. Et, plus impressionnant encore, elle nous montre de façon tangible pourquoi ces chansons sont si spéciales, en les décomposant en leur essence et en les laissant parler d’elles-mêmes.

***1/2

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