Snowgoose: « The Making of You »

Le deuxième album de Snowgoose commence par une voix féminine, belle et solitaire, celle de la co-fondatrice du groupe, Anna Sheard, qui teste une mélodie montante. « Cœurs en feu, nouveaux désirs de découverte, en route, voyageant des heures durant dans la nuit » (Hearts on fire, new desires to discover, on their way, traveling hours through the night), trille-t-elle en ajoutant son vibrato ténu des sonorités pures comme si elles émergeaient de l’eau. Elle ressemble un peu à Jacqui McShee de Pentangle, un peu moins à Sandy Denny de Fairport Convention, et, en tout cas, elle fonde ses attentes sur une sorte de revivalisme folk des années 60, agrémenté d’un peu de jazz et de blues. C’est normal, et, au fur et à mesure que l’album avance, dans un bourdonnement de guitares, le bruit sourd de la basse, la pulsation des filtres du mélodica, ce sera néanmoins la voix de Sheard qui vous arrêtera. Lorsqu’elle atteint le refrain de cette première chanson, « Everything », elle abandonne les mots en cascade, dans un son magnifique et liquide. The Making of You vous rappellera peut-être les albums classiques, mais il vaut vraiment la peine d’être écouté en tant que tel.

Snowgoose, attire des musiciens britanniques connus de tous, sauf du folk. Jim McCulloch, le principal partenaire artistique de Sheard au sein du groupe, s’est fait connaître en jouant dans les Soup Dragons. Dave McGowan, qui joue de la basse, a fait du temps avec Belle and Sebastian, BMX Bandits, Mogwai et Isobel Campbell. Ray McGinley, du Teenage Fanclub, joue de la guitare et Stuart Kidd, du groupe Euros Child, est le batteur. Des collaborateurs occasionnels sont issus de formations tout aussi célèbres et non folkloriques comme Belle and Sebastian, Camera Obscura et les Pearlfishers.

La chanson titre est la pièce maîtresse du disque avec sontintement de cymbal et son, un enchevêtrement modal de guitares acoustiques. La chanson est écrite avec une légère réticence, mais elle s’épanouit avec certitude lorsque Sheard chante « Es-tu assez mûr pour le voyage ? As-tu faim de son prix ? C’est l’essence même de tqui tu es » (Are you open for the ride? Are you tall enough for the ride? Are you hungry for the prize? It’s the making of you). Les arrangements instrumentaux s’épanouissent avec le martèlement des tambours et des arcs de guitare slide, et Sheard double sa voix. La chanson, tout comme ses paroles, passe de l’hésitation à une sorte de bravade pour saisir le jour dans un joli crescendo.

Ailleurs, Snowgoose prend des couleurs sombres et jazzy, dans la lignée de Pentangle, comme dans la cool et sophistiquée « Goldenwave » ou la pétillante valse qu’est « Deserted Forest ». Il y a un arrangement de cordes dans cette dernière coupe, qui va souligner le phrasé urbain et aéré de Sheard ; elle se situe quelque part entre le folk pur et le chant du piano-bar. Tout cela est plutôt bien, plutôt indépendant et sans prétention. Cela semble à la fois tout à fait naturel et soigneusement planifié. Il n’y a pas de détails à régler ni d’excès malheureux.

Vous avez peut-être tout le Pentangle dont vous avez besoin et toute la convention Fairport que vous pourriez vouloir écouter. The Making of You ne remplacera aucun de ces favoris, mais il peut certainement se tailler une place sur l’étagère à côté d’eux. Faites-lui de la place ; ce truc est sacrément bon.

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