The Big Easy: « A Long Year »

A Long Year est le nouveau et flamboyant disque de The Big Easy. Anciennement projet solo du chanteur Stephen Berthomieux, The Big Easy s’est réuni en groupe avant cette sortie qui permet au disque de sonner adroitement et de manière exploratoire tout en restant dans un univers décidément lo-fi. 

Si vous êtes en droit de supposer que le titre du disque fait référence à l’année 2020 (et la pandémie mondiale a certainement allongé le processus d’enregistrement), il n’y a aucune mention explicite du climat sociopolitique tendu de l’année. Au lieu de cela, Berthomieux réfléchit à une relation douloureusement dissolue, qui continue à s’effilocher aux extrémités avant de se défaire finalement. Sur chaque morceau, Berthomieux chante pour un « toi » anonyme, parfois avec nostalgie, parfois avec colère. Ses paroles racontent des regrets et des angoisses si spécifiques qu’elles reviennent à un sentiment général pour l’auditeur. Une longue année pourrait tout aussi bien être son journal intime, des entrées écrites pour sa propre réflexion et sa réconciliation plutôt que pour la compréhension d’un public.

Mais même si les détails de la douleur de Berthomieux sont un mystère, la traduction de cette douleur par le groupe vous hurle (souvent littéralement) tout au long du disque. La voix de Berthomieux est aussi torturée et émotive que ses paroles, alors qu’il se fraye un chemin à travers l’album. Pendant ce temps, les guitares hurlent et les cymbales crash de Pete Clark enveloppent le son du groupe comme un mal de tête le matin après une cuite. 

Tout au long de l’album, le groupe se met en branle, ses chansons fluctuant entre punk anthemique (« It’s All Fun and Games Until Someone Gets Hurt »), émo de la quatrième vague (« Fake It Till I Make It ») et alt-rock granuleux façon Pixies sur « « Alone ». Il arrive que le son soit trop lo-fi, le timbre médium des instruments saignant ensemble, mais pour ce qui manque au disque, il compense en sérieux.

Au bout du compte, Berthomieux ne trouve pas forcément une voie claire pour échapper à la douleur qu’il a ressentie au cours de la longue année qu’il a endurée. Le jour de l’an, il prend la résolution d’être heureux, mais se rend compte quelques lignes plus tard qu’il « ne pense pas que cette année sera différente » (doesn’t think this year will be any different). Comme beaucoupi, il semble supposer qu’il n’y a pas de magie dans un nouveau calendrier sur un mur. 

Et pourtant, après avoir pris conscience de sa douleur et de ses défauts personnels, il trouve un certain réconfort dans cette prise de conscience. Berthomieux y arrive peut-être avec cynisme, mais il a compris que les choses ne changent pas du jour au lendemain. Le bonheur demande du travail, pour certains d’entre nous le travail le plus dur qu’ils auront à faire dans leur vie. Notre santé émotionnelle et nos relations sont entre nos mains, indifférentes aux bornes kilométriques qui les définissent avec le recul. Ainsi, à l’approche de la nouvelle année, je me souviendrai que je pourrais profiter d’un moment de soulagement, mais qu’il y a beaucoup de travail à faire.

***1/2

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