Chris Stapleton: « Starting Over »

Qualifier Chris Stapleton de simple musicien de country est un mauvais service car cela limite la perception de l’artiste. Et s’il serait facile de le placer dans l’écurie grandissante des barbus ayant un penchant pour le passé, cela ne lui permet pas de canaliser ses influences, mais aussi d’écrire à un niveau comparable aux leurs. Avec son dernier album, Starting Over, Stapleton montre une fois de plus que son respect dans l’industrie est bien mérité ; c’est un auteur-compositeur impressionnant qui continue à opérer à un niveau international et un interprète audacieux qui peut tout aussi bien faire sienne la chanson de quelqu’un d’autre.

Et tout cela avec une confiance professionnelle qui est si facile à mettre en œuvre que ce qui, ailleurs et entre de moins bonnes mains, serait à la limite de l’époustouflant est tout simplement à la hauteur. Ses voix de haut-parleur, principalement, ont tendance à se tailler la part du lion, mais Stapleton est un guitariste tout aussi impressionnant, illustré tout au long de l’album à la fois en acoustique et en électrique. Le premier « single » et la chanson titre « Starting Over » sont destinés à devenir un classique surjoué, un futur standard qui semble avoir vu le jour quelque part au début des années 70, au moment du boom des chanteurs-compositeurs-interprètes et du country hors-la-loi. C’est une chanson d’une simplicité trompeuse, instantanément familière, dont on se demande si elle n’a pas déjà été écrite par quelqu’un d’autre, enfouie dans des sillons poussiéreux quelque part sur un joyau oublié qui se moule dans un sous-sol de banlieue. Telle est la marque d’une chanson vouée à l’immortalité et à l’entrée dans le grand livre post-moderne des succès pop américains.

« Cold » bénéficie énormément d’un arrangement de cordes qui rappelle « The Thrill is Gone » de B.B. King, notamment dans la partie solo où les cordes doublent la guitare sur plusieurs passages avant de poursuivre leur ascension mélodique. C’est une belle rupture par rapport à l’instrumentation habituelle que l’on trouve chez Stapleton sur la marque du hors-la-loi country/classique rock/bluesy soul, offrant une légère variation sur son thème bien établi de guitare/basse/batterie et des vocalises qui vont du ruminatif au grognement rauque et criard.

Pendant ce temps, « When I’m With You » trouve Stapleton s’aventurant efficacement sur le territoire des ballades de Willie Nelson, un jeune hors-la-loi. De la mélodie au tempo lent et traînant, en passant par le solo de guitare décontracté, tout dans le morceau est habilement criblé du livre de composition de Nelson du début au milieu des années 70. Et bien que cela puisse sembler être un compliment un peu détourné, il s’agit plutôt d’une appréciation de l’authenticité avec laquelle il parvient à singer ses prédécesseurs, au point que le morceau sonne comme le produit de plusieurs générations antérieures plutôt que celui du 21e siècle.

Et pour montrer qu’il ne se contente pas d’appliquer les principes esthétiques de base de ses plus grandes influences, il s’attaque à une poignée de reprises de Starting Over, dont deux du regretté grand Guy Clark (« Worry B Gone » et « Old Friends ») et « Joy of My Life » de John Fogerty, tiré de l’album Blue Moon Swamp datant de 1997 de ce dernier. Quelque peu ironique, le titre qui précède immédiatement la ballade de Fogerty est le rocker déchaîné « Arkansas » » qui sonne pour le monde entier comme Stapleton faisant son meilleur Fogerty de l’époque CCR, toutes syllabes étranglées et « Travellin’ Band » – râpe aboyante. C’est l’un des rares clins d’œil au rock classique qui inclut l’ajout de deux membres de Tom Petty’s Heartbreakers, le claviériste Benmont Tench et le guitariste Mike Campbell, ce dernier contribuant à l’écriture des crédits sur les « Arkansas » et « Watch You Burn » mentionnés ci-dessus.

L’arrivée de Tench et de Campbell dans l’équipe de Country Rock de Stapleton est une bonne chose, notamment en raison de sa grande admiration pour les Petty and the Heartbreakers et autres piliers du rock classique qui s’inspirent du même groupe que Stapleton. La présence de Tench sur huit des quatorze titres de l’album contribue à étoffer le son et confère un niveau d’authenticité supplémentaire à la marque de rock classique de Stapleton, qui fait référence à l’Americana. En effet, tout au long de l’album, il y a un jeu de références ponctuelles, peut-être involontairement. Le riff descendant de « Hillbilly Blood » ressemble plus que légèrement à celui de « Helter Skelter » des Beatles, tandis que la lecture de « Worry B Gone » de Clark augmente les décibels et ajoute une cadence à la Chuck Berry qui transforme la chanson en quelque chose qui appartient entièrement à Stapleton.

Starting Over est peut-être un peu inapproprié – rien ici n’indique que Stapleton a réécrit son playbook déjà très réussi et très apprécié – mais c’est néanmoins une autre entrée solide dans ce qui s’avère être un catalogue de plus en plus impressionnant de la part d’un artiste aussi à l’aise avec son propre matériel que celui de ses idoles. Qu’il parvienne à fusionner les deux spectacles, Stapleton est en bonne voie pour les rejoindre.

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