The Cribs: « Night Network »

L’incertitude est un sentiment que l’année 2020 a amplifié. Night Network aussi, le huitième album studio de The Cribs, est né de l’incertitude ; les batailles juridiques et les scissions de gestion ont laissé les frères Jarman sans voie claire pour l’avenir. En fin de compte, sans l’intervention de Dave Grohl et de son espace d’enregistrement, nous n’aurions peut-être pas eu d’album du tout. Et Dieu merci, nous en avons un, car sur Night Network, le trio a trouvé un chemin à travers les ténèbres, a éclaté à travers la chrysalide et en est sorti renaissant. 

L’album ne s’attarde pas trop sur les problèmes du groupe – l’intro « Goodbye » les secoue avec une sérénade harmonieuse dont Brian Wilson serait fier. Contrairement aux précédents albums d’ouverture, avec des morceaux bruyants et tranchants comme « Hey Scenesters » et « Our Bovine Public », « Goodbye » est plutôt un prologue, qui plante le décor, établit l’ambiance avant que le « single » « Running Into You », un morceau de Cribs, ne s’écrase avec aplomb. En déchirant leur propre règlement, The Cribs se libèrent avec le plus grand des sourires – et vous êtes invités à la fête. 

Si leur précédente sortie, 24-7 Rock Star Shit était leur album « grunge », Night Network est leur album « soul ». « Never Thought I’d Feel Again » et « Deep Infatuation » sont deux extraits de ce que le groupe a baptisé « Wakefield Motown », tous deux remplissant le sol d’ornements de confiance inédits. À une époque où le terme « landfill indie » a été transmis à tout un chacun, The Cribs protestent encore contre cette expression par leur simple existence – ils sont les enfants modèles des créatifs qui refusent de stagner.

Night Network voit donc le combo dans sa phase de maturité et de réflexion la plus aboutie, bien qu’il ne soit jamais trop morose ou complaisant. Prenez « Screaming In Suburbia » »par exemple, un examen de la vie d’adulte, associé à un riff méticuleusement conçu et au déchiquetage de leur guitariste Ryan Jarman dont le topisme sur Pavement fleurit partout et toujours autant. The Cribs (berceau) sont toujours les mêmes enfants, mais maintenant le bébé ne veut plus se taire – alors qu’il est encore temps de chanter des chansons d’amour en veste de cuir, le maintien des relations et des responsabilités prend ici tout son sens. Il est difficile de ne pas voir l’hypnotique « Earl and Duke » comme une ode au lien familial durable qu’ils ont créé : (« tu es mon garçon et je suis ton duc » (you are my boy and I’m your duke). Ajoutons également « I Don’t Know Who I Am », avec en tête les guitares shoegaze et le falsetto mélancolique du bassiste Gary, faisant du titre un hurlement profondément vulnérable dans ce vide douloureusement familier de s’accrocher à une identité qui devient de moins en moins stable à mesure que l’on grandit. 

En ce qui concerne Night Network, les mots « magnum » et « opus » viennent à l’esprit. De la pop agitée et contagieuse de « She’s My Style » et du délicieusement nostalgique « The Weather Speaks Your Name », au groupe qui exploite son potentiel cinématographique et pittoresque sur « Siren Sing-Along », le disque est implacablement impressionnant, révélant constamment de nouvelles astuces jusqu’à la fin. Le titre « In the Neon Night » résumera peut-être le tout de manière impeccable. Les accords vifs et sagaces sont imprégnés de l’esprit du Revolver des Beatles, et le chant de Ryan aura la qualité d’urgence et d’optimisme qui convient pour chanter joyeusement ses paroles comme si chaque souffle était le plus vital du monde. 

Night Network commence avec The Cribs qui font doucement signe d’au revoir à leur année de turbulence, et se termine par des cris victorieux de « dégagisme » comme si ladite turbulence n’étant plus qu’un souvenir éphémère. Et comme l’album tombe à un moment où le monde se met à crier « bon débarras » aux mauvais esprits, il n’y a pas de bande sonore plus appropriée à cet état d’esprit que ce Night Network qui, quelque part, a, peut-être, sauvé l’année 2020.

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