Jeff Tweedy: « Love Is the King »

Beaucoup ont toujours pensé que Jeff Tweedy est l’un des véritables grands héros cultes de la musique rock américaine. Son travail avec Wilco est, pour la génération Pitchfork, ce que Dylan était pour les cafés de Greenwich Village.

Le mélange rustique et introspectif d’Americana de Jeff Tweedy a touché une corde sensible chez les fans de musique alternative depuis des décennies. Sans jamais réinventer la roue, Wilco s’est taillé une voie unique. Ils ont réussi à se réinventer constamment sur le plan sonore. Ils ont franchi la ligne entre être le groupe le plus cool du Dad Rock et coexister en marge de la scène indie américaine.

Après une carrière de plus de 25 ans, Wilco a récolté son lot de sujets de conversation parmi les fans ; la relation rock de Jeff avec son coéquipier Jay Bennett, la série classique de disques dans lesquels Jay a joué un rôle (Being There, Summerteeth, Yankee Hotel Foxtrot), sans oublier la façon dont cette première formation se mesure à l’incarnation actuelle de Wilco avec l’extraordinaire guitariste Nels Cline.

L’une de ces légendes parmi les fans est le studio d’enregistrement de Tweedy, The Loft, à Chicago, sa ville natale. Ce studio avait été construit par le groupe avant les sessions d’enregistrement du chef-d’œuvre de Wilco, Yankee Hotel Foxtrot, en 2001, et est bien documenté dans le film documentaire de Sam Jones, I Am Going to Break Your Heart, en 2002.

Depuis sa création, le Loft a été le haut lieu de la création de Wilco ainsi que le berceau des activités solitaires de Tweedy ; son album Sukierae de 2014, une collaboration avec son fils Spencer Tweedy, ainsi que les albums suivants WARM et WARMER. Il n’est donc pas surprenant qu’à la lumière de la pandémie COVID-19 et des performances live en attente, l’instinct de Tweedy ait été de s’installer au Loft, sa ruche de créativité inspirante et réconfortante, pour commencer à travailler sur ce qui allait devenir son plus récent album Love Is The King.

L’album est une collection de onze chansons qui, bien qu’elles puissent sembler familières aux fans de Tweedy au premier abord, me semblent beaucoup plus discrètes et brutales que ses œuvres précédentes. L’instrumentation est réduite au strict nécessaire sur l’ensemble de l’album, laissant les paroles et la voix tendre de Tweedy au premier plan. Des chansons comme « Opaline » sont livrées avec une belle guitare aux accents country et une batterie brossée, presque dans le but de dissimuler le ton sombre des paroles de Tweedy : « Opaline, fais croire que tu m’aimes encore, il est difficile de voir la réalité quand tu n’as plus d’amour du tout » (Opaline make believe that you still love me, it’s hard to see reality when you’ve got no love at all).

D’autres moments du disque, comme « A Robin Or A Wren », voient l’artistese mobiliser contre ses peurs de la mort et de l’isolement, en présentant des paroles qui se marient sans effort avec l’étrange situation dans laquelle se trouve le monde actuellement, peut-être un point d’influence pour lui;; « A la fin de la fin, de ce beau rêve, je me réveillerai à nouveau, un rouge-gorge ou un roitelet » (At the end of the end, of this beautiful dream, I’ll wake up again, A robin or a wren).

Bien qu’une grande partie de l’album soit enveloppée dans une triste lenteur, les choses s’accélèrent avec le morceau phare de l’album et le « single » « Guess Again ». C’est ici que la signature de Tweedy est exposée avec force, modeste et discrète, mais qui réussit à créer des accroches captivantes qui vous envoûtent. Le dernier morceau, « Half Asleep », est également présent sur une grande partie de l’album, une puissante épopée avec des lignes de guitare atmosphériques.

Dans l’ensemble, Love Is The King est un album agréable, c’est un voyage folk-rock discret qui vous transporte à travers des vagues de mélancolie tout en vous apportant par intermittence des lueurs d’espoir. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de penser que ce qui est formidable dans ce disque, ce sont les paroles que Tweedy a écrites plutôt que les chansons qu’il a écrites. La majorité des instruments, bien que plaisants, ne parviennent pas à capturer la magie et l’immédiateté des plus grands airs de Jeff. Cela dit, Love Is The King et, comme la plupart des œuvres de Jeff Tweedy, sera, sans doute, un disque que l’on aura l’occasion de chérir en temps voulu.

***1/2

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