Good Sad Happy Bad: « Shades »

Intégrant grunge, modèles bruitistes et approches avant-pop, Good Sad Happy Bad (le nouveau nom d’une version actualisée de Micachu and the Shapes, du nom de leur album de 2015) offre des rythmes et des riffs exaltants, des mélodies inébranlables et une ambiance surréaliste. Si les points de référence du groupe sont évidents, leur éclectisme sans faille donne un son transcendant, un mélange de modernité qui peut séduire des auditeurs très divers.

Après les cacophonies instrumentales et les breaks mélodieux du morceau d’ouverture, les morceaux deux à cinq de Shades se déploient comme des joyaux pop, avec des mélodies enjouées, des lignes de guitare et de basse exaltantes et des intermèdes de bruit de cor et de synthétiseur, gracieuseté de CJ Calderwood. La voix de Raisa Khan est immédiatement et durablement convaincante, sa prestation, comme celle de Trish Keenan de Broadcast, est paradoxalement cérébrale et viscérale, détachée et vulnérable, automathique et séduisante.

« This Skin » est animé par un riff de guitare répétitif mais fascinant qui évoque la face B de Nevermind. Les fioritures ambiantes de Calderwood apparaissent et disparaissent, un hommage, peut-être, aux entreprises de free jazz de John Coltrane et Ornette Coleman. L’accouchement de Khan, un drôle de mélange de chant et de parole, peut rappeler à certains auditeurs Rakel Mjöll de Dream Wife.

Sur « Reaching », la voix de Khan s’élève d’une fourmilière de guitares, de basse et de batterie déformées qui rappelle les débuts de Sleater-Kinney. « Bubble » est un retour à la virtuosité de l’avant-pop. « Continuer à chercher sans / continuer à chercher en vous » (Keep looking without / keep looking within you), chante Khan, juxtaposant l’éthique New Age et le nihilisme satirique du néo-punk.

« Il neige en août / et il fait soleil à Noël » (t’s snowing in August / and it’s sunny at Christmas), chante Khan sur la chanson titre, un hymne pop stoner ironique sur le réchauffement climatique. « Taking » est une attaque contre la dépendance du monde occidental aux produits pharmaceutiques : « Cette pilule est pour mon sang / Cette pilule est pour mon coeur / Cette pilule est pour ma confiance / Celle-ci est pour la chance » (This pill’s for my blood / This pill’s for my heart / This pill’s for my trust / This one’s for luck) Le riff moteur de « Universal » réinterprète ra à cet égard la partie de guitare de Kurt Cobain dans « Dive » la chanson un peu plus proche, en intégrant le bruit, une mélodie impeccable, une instrumentation expérimentale et le chant de Khan, qui est à la base.

Shades met en lumière un groupe aux influences diverses et la capacité à les recontextualiser de manière cohérente et convaincante. De plus, l’album présente une mélodie infectieuse après l’autre, Raisa Khan émergeant comme l’une des voix les plus intrigantes de sa génération.

***1/2

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