Alexia Avina: « Unearth »

La musique d’Alexia Avina fait sensation, elle procure une béatitude céleste qui ne peut venir que d’en haut. Ses synthés aériens et son chœur angélique de voix superposées vous permettent d’entrer dans un autre royaume, un état comateux pour votre imagination. Comme une source sur l’herbe assoiffée, il est régénérateur. Elle calme les angoisses, ralentit la respiration et réduit le rythme cardiaque. Alors que des musiciens d’ambiance comme Grouper invoquent la paix dans l’obscurité, la musique d’Avina est baignée d’une lumière éternelle.

L’intention de son dernier album, All That I Can’t See (2019) – une tentative d’honorer la magie qui vient avec la vie dans l’instant – correspond bien à son esthétique méditative. Cependant, ce troisième album est en quelque sorte la suite de son premier, Betting On An Island. Alors que c’était son « album de rupture », Unearth en est la suite, lorsque vous vous recollez aux éléments et que vous notez ce que vous avez perdu et gagné. Et ce thème brut inspire Avina à se révéler plus que jamais, parfois en évitant ses voix inintelligibles à la Elizabeth Fraser, pour chanter de façon claire et inébranlable. « Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais cela ne vous fera pas écouter »( You can say what you want to / but that won’t make you listen), chante-t-elle avec insolence sur le morceau d’ouverture.

Cette vulnérabilité accrue entraîne également un changement dans la structure des chansons. Pour une femme connue pour ses paysages sonores de l’autre monde, il est remarquable que l’album s’ouvre et se termine par deux chansons « traditionnelles ». Plus près, « Night Sky » est animé par une guitare propulsive qui se construit comme des blocs de Tetris – la batterie au loin menaçant à jamais de déborder. Le refrain est presque accrocheur, les « ooos » impertinents d’Avina provoquant un sourire, une insouciance.

Ces anomalies sont saupoudrées d’assez d’ambiance pour qu’elles s’assemblent parfaitement avec le reste du disque. » I Love Watching You Live » et « Synth Jam » méritent une mention particulière. Le premier est le morceau le plus émouvant du disque – son cœur humain battant caractérisé par un chant tendre, presque enfantin, tandis que le second, un collage instrumental, est techniquement parfait. Les sons entrent au bon moment, et ils sont comme le sifflet d’un match de football ; si on les enlève, tout s’éclaire.

Dans son ensemble, Unearth sert de sanctuaire intérieur. Dès l’écoute,on a l’impression que l’album nous protége de toute intempérie qui sévirait au dehors. Avina jette son sort et pendant près de quarante minutes, il ne se brise pas. Selon ledictonnaire, « Uneart »h signifie « trouver quelque chose en creusant ». Et c‘est, ici, un trésor qui mérite d’être chéri.

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