METZ: « Atlas Vending »

Il est difficile d’imaginer que quelqu’un puisse avoir besoin d’un stress supplémentaire dans des moments comme celui-ci. Pourtant, c’est un pari que METZ est prêt à prendre. Depuis 2008, le trio noise-punk a affiné son son à haute pression jusqu’à un bord dentelé. Les compositions du groupe, pilotées par les guitares, ont existé à la limite de l’effondrement, remplies de tension, se résolvant rarement.

Avec Atlas Vending, METZ ne perd rien de son intensité. Les rythmes percutants se heurtent à un jeu de guitare violent et tranchant. De puissants chœurs atonaux ancrent les chansons. L’attaque saturée mais sans fioritures de METZ fait toujours rage avec une férocité migraineuse. Alex Edkins arrache des incantations sanglantes à sa gorge déchiquetée, et son dérèglement obsessionnel prend le volant. De brefs passages en transe réduisent l’accélération, mais rien dans ce disque n’apaise. Le groupe met au point un système qui s’équilibre à la réactivité.

Mais la dystopie sonore explorée sur Atlas Vending n’est pas obtenue simplement en augmentant l’entropie du système, et c’est pourquoi il fonctionne généralement. METZ semble avoir augmenté sa gamme dynamique depuis Strange Peace, produit par Steve-Albini en 2017. Sur cet album, le groupe a travaillé dans un format concis et percutant, rendant hommage à Big Black et à AmRep dans une égale mesure. Les chansons étaient structurellement simples, construites autour de phrases criées et de riffs de guitare dissonants.

Atlas Vending, en revanche, sonne plus développé. METZ construit des éléments d’atmosphère qui n’étaient pas évidents auparavant. Avant cet album, les concepts les plus intenses du groupe étaient réalisés par des tactiques linéaires et implacables. Ici, une dimension de complexité haletante vient s’ajouter à la bile de leur punk. En plus des hymnes pub-industriels, les auditeurs sont traités dans des expositions post-traumatiques qui se déroulent en chapitres brefs et changeants.

« Blind Youth Industrial Park » se caractérise par une attitude frontale, mais il est aussi hanté par quelque chose de désolant et de dérangé. « Je sais exactement ce que vous pensez, je sais exactement qui vous êtes »( I know exactly what you’re thinking, I know exactly who you are), accuse Edkins, alors que les choristes résignés haussent les épaules avec antipathie. Un refrain dur résonne de cynisme et de sincérité. La composition est à la fois amicale et distante, l’accent étant mis sur cette dernière. Le groupe peut difficilement dissimuler son indignation face à un monde malade.

 » »ramed By The Comet’s Tail » suit un parcours similaire, tirant une valeur accrue des parties ralenties. La passivité dysphorique opprime une longue section centrale. Lorsque le groupe verse un peu de jus supplémentaire pour la récompense, une chaleur surprenante vient étayer l’urgence bridé de la chanson. Celle-ci s’éteint brusquement, laissant un goût subtil mais nettement amer.

Les influences s’affirment avec force. METZ constitue un point de départ important pour les groupes emo abrasifs des années 90 comme Fugazi et Drive Like Jehu. Cela peut constituer un obstacle à l’émergence de la voix de METZ, car les similitudes sont frappantes sur le disque. La râpe d’Edkins fournit des commentaires sombres à partir des gouttières crasseuses du mix, presque noyés dans le bruit des guitares. On se languit de la performance live, avec tout son pathos et sa sueur.

L’énergie se rencontre et accepte marginalement l’introspection sur Atlas Vending. La souffrance vaut mieux que l’ennui, car METZ passe de la parodie auxmonceaux de ferraille et de débris. Sur « The Mirror », le groupe ajoute des tiers importants pour égayer les choses, mais ce n’est pas facile. De lourdes attaques du batteur Hayden Menzies entraînent la peste des guitares d’Edkins. Des parties virales qui rongent ongles et peaux incitent à des couches de voix lancinantes. Enfin, un refrain presque accrocheur se fraye un chemin hors du mur de la guitare, approchant l’exaltation.

Le titre morbide « A Boat To Drown In » ne contribue guère à élever les esprits. Un drone méditatif dément le riff surchargé d’une note qui fait avancer la chanson. Les couplets modernes et fragmentés d’Edkins se bousculent dans un état d’anxiété soutenue. Comparé à la paranoïa tourmentée qui guide l’esthétique de METZ, c’est une entrée en douceur. Comparée à la douceur absolue, elle est d’une hellacie bouleversante.

En d’autres termes, la dissonance douloureuse de METZ est légèrement atténuée par des refrains rauques et des ralentissements brutaux. Mais il ne devient jamais un métal-core extrême étant trop redevable au post-punk de l’école d’art. « Hail Taxi » est un bon exemple de cet album. Il commence par l’un des plus vilains déraillements de l’album. METZ fait le tour de son spectre, des refrains semi-mélodiques à la basse stoïque de Chris Slorach, pour revenir à une dissonance criarde. C’est le genre de chanson qui, par son caractère très improbable, risque de se répéter dans la tête des auditeurs.

Sur Atlas Vending, METZ retrace le son de l’effondrement avec des chansons qui évoluent et des performances imprudentes. Du cynique au post-apocalyptique, les concepts ne sont pas de tout repos. METZ fouille avec conviction comme un rat dans un territoire inhospitalier. Lieu de maladie, de froid et de survie morne, le territoire du groupe n’est pas pour les doux.

***1/2

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