Ellen Fullman + Theresa Wong : « Harbors »

Si l’instrument à cordes longues de Fullman peut être comparé à la mer – des drones évasés qui scintillent et ondulent, remplissant tout le champ d’expérience – le violoncelle de Wong est une entité solitaire qui regarde l’eau, ses sons arqués sculptant le littoral en biais, comme les diagonales qui émergent lorsque les yeux perçoivent la profondeur du champ. L’instrumentation s’enroule évitant toute notion de centre harmonique. Chaque note est rendue aussi proéminente que celles du dessus, du dessous, de chaque côté, suspendues dans une ambiguïté et un potentiel parfaits. Comme une présence ouvertement dynamique se faufilant entre les bourdons, le violoncelle introduit des nuances d’humeur et de narration, des débuts et des fins ; des figures finies dérivant dans le plan d’infinitude de Fullman, parfois sous forme de ronflements graves et ailleurs sous forme de sifflements à tonalité harmonique de type pipe. L’album est inspiré par des paysages sonores, des histoires et des atmosphères qui se manifestent autour des masses d’eau qui propagent l’échange, ce qui ferait de Wong le le transmetteur et parangon de l’activité humaine, et les projections roulantes de la mythologie, sur un paysage qui se tient à la fois trempé dans un sens transitoire et magnifiquement ignorant de celui-ci.

Le climat est tout sauf immobile, notamment à cause des harmoniques qui pulsent le long des entre-deux, mais aussi parce que Fullman se déplace à travers les cycles de marées de va-et-vient, épaississant le réseau de tangages et se réduisant ensuite à un ensemble de faibles marques périphériques. Le contour de Wong devient plus dur et plus doux en conséquence. Elle se fond dans les floraisons plus bruyantes de Fullman, camouflée comme un oiseau dans les roseaux, puis se met à l’avant-plan en une succession de coups de poing et d’éraflures alors que le LSI recule. On voit bien que Fullman et Wong ont cultivé cette œuvre pendant cinq ans et que les représentations sont nombreuses. Non seulement Harbors fredonne l’histoire de son paysage imaginaire, mais ces enregistrements pèsent aussi lourdement sur une compréhension collaborative qui s’est accumulée au fil des années de connaissance approfondie.

***1/2

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