Anaal Nathrakh: « Endarkenment »

Avec une signature sonore hybride qui mélange un large éventail de styles, Anaal Nathrakh est sans doute l’un des projets de métal extrême les plus distinctifs du nouveau millénaire. Son ADN complexe, composé de plusieurs couches allant du grind au black metal, est devenu l’une des marques les plus reconnues dans le domaine du métal au cours des deux dernières décennies. La palette corrosive proposée par Mick Kenney (alias Irrumator) et le chanteur Dave Hunt (alias V.I.T.R.I.O.L) est une approche interdisciplinaire du chaos. Un mur sonore caustique qui se déplace à travers des dimensions stylistiques parallèles dans le seul but de frapper l’auditeur avec une intensité massive. Néanmoins, malgré son noyau extrême, la personnalité du groupe est à la fois radicale et éclectique, ce qui profite non seulement à l’écriture des chansons mais aussi à l’attente entourant chaque sortie. Avec dix albums à son actif, Anaal Nathrakh s’est construit une solide carrière au cours des deux dernières décennies, remplie de moments forts comme le premier album The Codex Necro, Hell Is Empty et All the Devils Are Here, ou encore Vanitas, qui est sans doute l’une des meilleures sorties de 2012. Bien que le duo ait toujours exprimé un goût pour la mélodie et les accroches accrocheuses, c’est à partir de Vanitas que le groupe a progressivement fait évoluer son son vers une signature plus complète.En 2018 A New Kind of Horror est le point culminant de cette approche plus accessible, qui se traduit par des chansons comme « Forward ! » » dont le langage est plus simple et plus courant. Bien que tous les fans d’Anaal Nathrakh ne se soient pas lancés dans cette aventure plus large, on peut apprécier les derniers efforts du groupe tout comme admirer les groupes qui ouvrent progressivement leurs horizons sans perdre le lien avec leur passé. Le duo n’ait jamais rien livré de radicalement différent, il est notoire qu’Anaal Nathrakh a toujours essayé d’introduire de nouvelles tonalités dans leur palette chromatique.On se doit de respecter cette agitation créative, c’est ce qui fait tourner le monde.

Comme on s‘y attendait, la sortie d’Anaal Nathrakh en 2020 s’est avérée être la suite logique du chemin tracé au cours de la dernière décennie. Rempli de riffs accrocheurs et engageants, Endarkenment est une nouvelle étape vers une signature de plus en plus complète. Le refrain semi-opératique du morceau-titre, qui se balance sur une base power metal ou le solo de guitare à la Helloween dans « The Age of Starlight End » », sont tous deux des exemples remarquables de cette posture esthétique. Ces couches mélodiques sont une constante tout au long de l’album, lui conférant une attractivité qui contraste avec les bases plus chaotiques et corrosives de l’écriture des chansons. Le trémolo mélodieux de « Feeding the Death Machine » ou la fin épique de « Requiem » sont d’autres exemples de cette signature plus mélodique. Mais ne vous y trompez pas, l’ADN le plus agressif et chaotique du groupe, bien que plus mature, est toujours bien vivant. C’est l’équilibre entre cette personnalité irrévérencieuse et les nuances les plus mélodiques qui façonne Endarkenment et le fait swinguer pendant quarante minutes.

Malgré la qualité générale de l’album, on ne peut s’empêcher de souligner « Libidinous (A Pig with Cocks in Its Eyes) », qui est l’un des meilleurs morceaux que le groupe ait jamais enregistré. Son pont façon King Diamond qui se transforme en un refrain on ne peut plus accrocheur est certainement l’un des plus grands moments de l’album. « The Age of Starlight Ends », avec son refrain provocateur, presque naïf, doit également être mentionné car c’est l’une de ces chansons emblématiques qui se démarque du lot. D’ailleurs, il n’y a ni remplisseur ni point de stagnation, Endarkenment fonctionne comme un tout, chaque chanson faisant partie d’un tableau plus vaste peint par deux individus qui se connaissent intimement depuis plus de vingt ans. Le riff principal de « Singularity » ou la voix dynamique de Mortuus dans « Create Art, Though the World May Perish » sont également parmi les moments les plus intéressants de l’album.

Endarkenment est l’étape la plus logique vers une plus grande portée. Il s’agit d’une déclaration sans crainte de prendre des risques ou d’explorer de nouveaux terrains. Car en fin de compte, c’est cette agitation qui ouvre de nouveaux horizons tout au long de notre parcours, en tant qu’hommes et en tant que créatifs.

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