Yves Jarvis: « Sundry Rock Song Stock »

Sur son troisième album, Sundry Rock Song Stock, Yves Jarvis mélange des influences disparates en un ensemble de sons hypnotiques. Les carillons révélateurs de « Strawberry Letter 23 » des Brothers Johnson, le côté pastoral d’Animal Collective et l’appel exotique de l’azan se mélangent et s’entremêlent sur une douce trajectoire de glisse. Et ce n’est que sur la première chanson, « Epitome ». Malgré le titre rebutant de l’album, il est clair que Jarvis, qui travaille seul en studio, a laborieusement bricolé chaque mélodie enfouie et chaque gargouillement. Ce qui n’est peut-être pas si évident, c’est la franchise des paroles de Jarvis sur l’emballage vert, à peine voilé, dans lequel l’album est relié. 

Les chansons passent de la simple et belle « Song of Solomon », à l’incantation de bijoux usés qu’est « Emerald » et aux doux murmures de « Victim », qui, à la surface, ressemble à un thème de télévision des années 70, longtemps perdu. Mais ce que « Victim » cache en son sein est beaucoup plus direct. « Je suis une masse vitriolique de dynamite, qui ne peut que s’enflammer » (I’m a vitriolic mass of dynamite, just bound to ignite) est prononcé si doucement que ses premières racines de poésie slam/hip-hop sont atténuées par la rosée ambiante.  

La sortie la plus efficace de Jarvis à ce jour bénéficie de ses explorations sonores, mais brille aussi le plus dans ses moments les plus directs. La lourdeur de la basse de « For Props » partage le buzz du jardin printanier de l’album, mais ses reproches sont un peu plus évidents : « votre fortune gagnée vous rend dépravé, ne peut pas avoir d’empathie, ou réciproque » (your earned fortune makes you depraved, can’t empathize or reciprocate) alors que les percussions de « Semula » le conduisent vers les refrains les plus accrocheurs de l’album.

Bien que le disque maintienne l’intérêt de l’auditeur jusqu’à la fin, les chansons de la fin se déploient dans une atmosphère plus fine. « Notch In Your Belt » est un mélange de rock progressif à cordes de nylon avec un rythme liturgique de stop/start. Et le « Fact Almighty » de clôture offre un fondu enchanteur quelque part entre la clôture d’Eagles chevauchant un solitaire et la brise parfumée au jasmin de Seals and Crofts. 

Il est facile de se perdre dans les fibres cotonneuses des derniers tissages de Jarvis, mais son charme est délicatement efficace. Ce que Jarvis a en tête est plus pressant que la manière dont il est délivré et cela n’apporte parfois qu’une faible résolution immédiate. Mais si ce qui compte, c’est de mettre vos pensées au monde, même en parlant doucement, Jarvis y parvient. Si vous avez déjà vu quelqu’un murmurer à l’oreille d’un agresseur, Sundry Rock Song Stock est l’équivalent musical de cette tactique. Jarvis vous fait signe dans un cadre apparemment bucolique, c’est à vous de décider si vous voulez entendre ce qu’il essaie de vous dire.

****

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :