Eventless Plot: « Parallel Words »

S’il est vrai que presque toutes les œuvres publiées par le label Another Timbre ont un rapport privilégié avec le silence – matière première qui, par contraste, augmente la valeur des sons -, dans le nouvel album studio de l’ensemble grec Eventless Plot, la tendance dominante est de laisser le moins possible d’espaces vides dans la partition, comme si même le plus lamentable et le plus mince des tissages harmoniques pouvaient éviter le fardeau angoissant de l’obscurité.

C’est pourquoi on pourrait facilement identifier Parallel Words comme un triptyque dont les compositions récentes, datées entre 2018 et 2019, s’offrent comme des variations complémentaires sur un contrepoint docile à la désolation environnante, le souvenir fané d’une musique qui était, ne survivant que dans ses particules élémentaires.

Réunis sous un même nom éloquent, les trois compositeurs Βασίλης Λιόλιος [Vasilis Liolios], Άρης Γκιάτας [Aris Giatas] et Γιάννης Τσιρίκογλου [Yiannis Tsirikoglou] partagent le processus d’écriture et étendent certaines décisions d’exécution aux acteurs concernés, toujours sensibles à l’atmosphère prédominante de « stase mutable ».

En l’absence quasi totale de vibrato – une sorte de politique dans le catalogue de Simon Reynell – l’ensemble mixte imprègne d’une ineffable mélancolie l’euphémisme tiède du réductionniste Jürg Frey : l’écho du maître suisse de Wandelweiser résonne surtout dans le rythme larmoyant de « Cosmographia » en quatre parties où la clarinette, dans le deuxième segment, se fond sans heurt avec les cordes pour ensuite s’élever solitairement dans des progressions brutales et touchantes.

Des déviations toujours délicates mais décisives marquent les pics dramatiques de chaque composition, qui dans le titre « Parallel Words » se trouvent en correspondance avec les ostinatos aigus du violoncelle, piliers d’une longue et inquiétante suspension temporelle à la Morton Feldman qui n’atteint le point de saturation qu’à ses extrêmes par l’accumulation de toutes les énergies disponibles, pour ensuite s’évanouir dans la blancheur absolue d’une coda linéaire à deux voix.

D’une instrumentation encore majoritairement classique – à l’exception de quelques discrets inserts électroniques -, la méditation finale « Conversion » se déplace vers le domaine de l’avant-garde acoustique contemporaine : un trio de percussions et de microphones de contact (entre les mains des auteurs eux-mêmes) établit un dialogue « à égalité » avec l’alto, dérivant des cymbales et des cloches le même genre de sonorités pures que l’archet soustrait brièvement aux cordes ; un paysage cagoulé de reflets d’eau et de résonances lointaines, seulement ici et là traversé par des vénérations plus concrètes et plus stridentes. Un final au flair plus éthéré, mais toujours en accord avec la poétique d’Eventless Plot, soumis et enceinte comme seules les meilleures éditions du catalogue anglais peuvent l’être.

***1/2

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