Derek Rogers: « Immersions »

Immersions voit le musicien électronique Derek Rogers fléchir et approfondir son approche « ambient ». En utilisant des procédés numériques, Rogers sculpte une série de magnifiques paysages sonores ; une telle musique surgit d’un endroit profond. Tachetée de bourdon, d’ambiance et d’improvisation libre, Immersions est une musique d’une grande clarté et d’un grand raffinement. Des enregistrements de terrain sont insérés dans le mixage électronique, avec des animaux sauvages et de l’eau qui clapote parfois sur la musique. Ces sons naturels sont tout aussi pertinents que la couche électronique et la couche ambiante artificielle, qui fleurit et entoure l’enregistrement sur le terrain. C’est une évolution intéressante, car le son organique devient un aimable compagnon du processus électronique, et les deux sons ne sont jamais en contradiction l’un avec l’autre. C’est une musique attentionnée et respectueuse de son environnement, et elle se déroule de manière sensible. Au fur et à mesure qu’elle progresse, le rythme s’accélère et les notes sont tachetées par la saleté et la crasse de la distorsion, qui colle et tache la musique. Elle atteint un crescendo et jaillit, de sorte que la musique d’ambiance d’Immersions prend un élan notable.

L’ouverture, « Remake the Crawl », fait découvrir aux auditeurs son fragile écosystème. Le paysage sonore de longue durée est le fondement de l’album, et le reste du disque s’appuie sur lui. Au début, la musique chaude et chatoyante est un lever de soleil silencieux, qui brille constamment jusqu’à ce qu’il augmente de volume (et de façon imprévisible). Après son voyage de 20 minutes, la piste se dissout et se fragmente, et se pose avec un atterrissage cahoteux alors qu’elle entre en contact brutal avec le tarmac de sa piste, abandonnant son espace dans l’air. D’autres textures percutantes font irruption sur un piano silencieux et réservé sur « Cirrus », et la piste semble sur le point de se briser dès le début, crépitant et s’effilochant aux coutures avant de se déchirer de manière irréparable. Seuls le piano et un bourdon rayonnant peuvent empêcher le morceau de s’éteindre complètement.

Au fur et à mesure qu’Immersions se développe, il explore un terrain expérimental et n’est pas timide ou n’a pas peur de secouer les choses, mais il revient toujours à son environnement d’origine, comme la note de base d’une tonalité. Rogers est capable de transmettre un large éventail d’émotions, qui résonnent toutes à travers sa musique instrumentale sans paroles, et avec une puissance égale à celle d’une chanson. L’instrumentation devient sa voix, son mode d’expression. Ses vastes panoramas peuvent être aussi bien ouverts qu’introspectifs, certaines sections se déplaçant lentement entre deux notes, les fréquences bouclant et revenant toujours. Le morceau de clôture « Every Reaction Is Based On The One Cast Before It » est un gigantesque effort de 26 minutes. D’un développement impressionnant, affichant à la fois retenue et mouvement progressif, le morceau oscille lentement entre deux fréquences et des bourdonnements accrus. C’est joli à regarder, mais c’est plus profond qu’une simple apparence, et on peut en dire autant de l’album dans son ensemble. Immersions fait ce qu’il promet de faire, amenant son talent musical vers de nouveaux sommets.

***1/2

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