Throwing Muses: « Sun Racket »

Throwing Muses est de retour avec son nouvel album, Sun Racket, et le groupe sert vraiment de parangon pour ce que la grande musique rock devrait être aujourd’hui. Restant fidèles à ce qu’ils font de mieux, Kristin Hersh (chant, guitare), Bernard Georges (basse) et David Narcizo (batterie) nous livrent un album à la fois obsédant et racé qui laissera tout auditeur agréablement hypnotisé par les voix sinistres et les riffs de guitare bruts. Le groupe a sorti dix albums depuis sa formation dans les années 80, et l’expertise musicale qu’il a accumulée est évidente dès la première chanson. Le talent de Throwing Muses aurait suffi à rendre Sun Racket jouable à l’infini, mais l’album déborde d’une âme honnête, signe que Throwing Muses n’a pas perdu son cœur ni son originalité malgré son succès à long terme. 

Throwing Muses semble vraiment considérer le lyrisme comme un véritable métier, car chaque ligne de chaque morceau est émotionnelle et révélatrice, mais pas dans le sens stéréotypé d’émotion positive. Les paroles sont rauques, tranchantes et abordent des parties plus sombres, mais peu remarquables de la vie avec un objectif honnête. Par exemple, dans la chanson « Milk At McDonald’s », Hersh livre « I don’t regret a single drop of alcohol », mettant brillamment en évidence la relation complexe entre vérité et responsabilité. Bien que la chanson puisse sembler avoir un sous-titre sombre – suggérant potentiellement une relation négative avec l’alcool – Hersh s’approprie ses paroles tout en reconnaissant ses comportements, indiquant qu’elle est sûre d’elle et confiante, laissant l’auditeur se sentir confiant en lui-même aussi. La prestation est presque désinvolte aussi, bien qu’excellente – on a l’impression que de lourdes bombes sont larguées à gauche et à droite sans autre explication.

Cela se produit également dans « Frosting », où Hersh demande « au ciel, peut-être qu’on ne vous traite pas de fou » (in heaven maybe they don’t call you crazy), ce qui indique un thème d’isolement social et de frustration dans Sun Racket, mais aussi un thème d’acceptation de soi. Ces thèmes et comportements désinvoltes incitent davantage l’auditeur à s’explorer intrinsèquement et éventuellement à accepter ses propres particularités. Cependant, l’album devient plus personnel, car Hersh évoque « un paradis fait parl’enfer » ( a heaven hell made) dans la dernière chanson « Sue’s ». Dans un morceau sur la relation au soi, cela peut être une déclaration polarisante qui laisse les gens divisés sur la question de savoir si l’album a une conclusion plus pessimiste ou plus optimiste quand il s’agit d’être coincé avec son soi. Il semble que Throwing Muses se demande si l’on peut ou non avoir une relation parfaite avec soi-même, ou s’il y aura toujours une partie plus sombre de cet individu, mais non provoquée. Personne n’a vraiment la réponse, mais c’est certainement une considération intéressante à mâcher. 

Throwing Muses ont également réussi à mélanger magistralement tous les instruments en un seul fleuve sonore cohérent, qui coule et s’écoule doucement dans un canyon. Certaines parties étaient plus rock, d’autres plus lentes, mais c’est ce qui est si merveilleux avec le e groupe, celui-ci sait comment transporter son public à travers les différentes variations de sa musique. Il s’afit presque du parfait mélange de calme et de tempête, si ctant est que ce soit possible. Une autre qualité frappante présente dans le travail instrumental du combo est le fait que l’auditeur peut réellement ressentir quelque chose en écoutant l’album. Non pas parce qu’il y a quelque chose de fou ou de sensationnel, mais parce qu’ils mélangent parfaitement les éléments classiques de la batterie, de la basse et de la guitare comme aucun autre.

Dans « Bywater », Hersh peut chanter des paroles obscures comme « Qui est le poisson rouge dans la toilette ? » Who’s goldfish in the toilet) sans qu’on lève trop les sourcils, ce qui indique les talents instrumentaux des Throwing Muses. Les instruments physiques n’ont jamais été en conflit avec le chant, mais celui-ci a plutôt servi d’instrument à part entière. Cela est particulièrement présent dans « Bo Diddley Bridge », où la prestation bourru » mais féminine de Hersh, couplée à l’éclat de la guitare, se déjoue magnifiquement tout au long de la chanson. Il convient également de mentionner qu’il y a très peu de paroles dans chaque chanson, et que celles-ci sont remplacées par des dizaines de lignes de basse, de riffs de guitare et de battements de batterie engageants qui affirment le génie musical de Throwing Muses. 

Dans l’ensemble, Throwing Muses a un talent certain pour réaliser un album de rock étonnant. Ils ont maîtrisé tous les éléments, non seulement au niveau des instruments, mais aussi dans l’élaboration de leurs paroles, qui sont à la fois précises et stimulantes. Il n’y a pas une mauvaise chanson sur Sun Racket, et les auditeurs auront certainement l’impression que la bonne musique se fait encore en 2020.

****

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.