Narrow Head: « 12th House Rock »

Le chanteur et guitariste de Narrow Head, Jacob Duarte, avait raison quand il disait : « Personne n’a plus de riffs ». La scène rock actuelle semble avoir peur d’essayer d’écrire des parties méchantes pour faire bouger les gens. Si l’on exclut le métal et le hardcore, on peut dire sans risque de se tromper que la musique rock axée sur les riffs n’a cessé de gagner en popularité depuis les années 90. Le concept de Narrow Head consiste essentiellement à faire revivre les meilleurs éléments de cette époque, avec une sensibilité moderne pour faire bonne mesure. Cet équilibre entre nostalgie et créativité a bien fonctionné pour les débuts du groupe en 2016, Satisfaction, et ce 12th House Rock va encore un peu plus loin dans cette approche. Rêveur et mélodique, mais lourd et monolithique, cet album conforte ainsi Narrow Head dans son rôle de digne gardien du riff.

L’ouverture « Yer’ Song » plaira à tous ceux qui regrettent l’âge d’or des groupes alternatifs lourds et flous comme Helmet et Deftones et la voix rêveuse de Duarte viendra compléter cette vibe immersive, développée sur le « single » « Stuttering Stanley ». Narrow Head nous ramène à l’époque où les groupes alimentaient les sillons des disques à travers un kaléidoscope pop et rêveur. Plus qu’un simple hommage aux Smashing Pumpkins, nos messieurss incarnent l’esprit créatif de l’alt-rock des années 90 avec une volonté d’élever des fondations simples avec des compositions qui font briller les étoiles dans nos yeux.

« Se réveiller maintenant est un tel ennui / Ne pas l’écraser et vous verrez » (Waking up now is such a bore/ Don’t crush it up and you’ll see) chante Duarte sur « Hard To Swallow » alors que le refrain écrasant et criard se noie dans une dépression demblalable à celle éprouvée par un junkie. L’ambiance grandiose et l’agressivité brute de Narrow Head se prolongent sur des morceaux plus rapides comme « Night Tryst ». Le chant de Duarte glisse sur la ligne de basse syncopée de Ryan Chavez, ajoutant de la sérénité aux rythmes explosifs du batteur Carson Wilcox.

Les racines de Narrow Head dans le hardcore donnent à 12th House Rock un son plus dur, mais ces éléments sont plus fondamentaux que le fait de n’occuper que le centre de la scène En réalité, il n’est pas exagéré de résumer des morceaux comme « Ponderosa Sun Club » à un shoegaze joué par des musiciens hardcore. Le groupe sait comment utiliser des instrumentations musculées dans un paysage sonore où tout devient facteur de combustion

Si l’on considère à quel point il doit être amusant de jammer sur le riff central de la chanson titre, il est dommage que cela semble se terminer avant de commencer. Le reste des chansons est bien développé, utilisant des houles dynamiques et des crescendos émotionnels. Le penchant de Narrow Head pour l’impact dévastateur permet au refrain crié et à l’effet de fond qui fait vaciller « Crankcase » de laisser une impression durable en moins de deux minutes. En revanche, « Wastrel » produit un effet similaire avec un chant réfléchi et une écriture de qualité à la guitare acoustique, sansse complaire dans le volume.

L’accalmie floue de « Nodding Off » montre à quel point ce groupe peut être nuancé sur un morceau qui s’incendie lentement alors que le guitariste William Menjivar et Duarte font plus que se doubler sur les mêmes idées. Le potentiel ambiant du groupe atteindra un point culminant lors de la dissonance de ce chant funèbre qu’est « Delano Door ». Poussé par les paroles glaciales et les mélodies de la chanteuse de Casual Hex, Erica Miller, le morceau montre la maîtrise de Narrow Head en matière de guitares, de batterie et de chant, qui en font les éléments de base de cathédrales sonores époustouflantes.

L’album a sa part de formidables murs sonores, mais il est toujours facile de distinguer les morceaux les uns des autres. « Emmadazey » et « Bulma » ne s’excusent pas pour leurs similitudes instrumentales, mais cela n’annule pas leur personnalité distincte. Il en va de même pour le chant de Duarte, qui conserve des mélodies inspirées dans sa prestation semblable à un drone vocal. Le morceau « Evangeline Dream », proche de huit minutes, donne à Narrow Head son véritable test à cet égard, car sa progression patiente fournit certaines des meilleures progressions d’accords et du travail principal du groupe.

Il faut un groupe spécial pour jouer une outro de trois minutes basée sur un motif sans devenir ennuyeux. Les membres du groupe abordent leurs instruments avec l’ingéniosité d’un producteur d’ambiance, mais les refrains pulvérisants l’emportent toujours. La mélodie angélique de Narrow Head et ses constructions audacieuses servent finalement la principale chose dont la musique rock a besoin en ce moment… des riffs, des riffs et encore des riffs.

****

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.