Disheveled Cuss: « Disheveled Cuss »

Nick Reinhart est l’un des seuls guitar-heroes qui nous restent. Alors que l’innovation dans le jeu de guitare s’essouffle et que tous les créneaux possibles de la musique rock connaissent un renouveau, Reinhart continue d’être à la pointe de l’art. Son style de jeu idiosyncrasique et sa maîtrise de tout ce que la technologie musicale peut offrir ont fait de lui un artiste hors pair, même dans les genres techniquement exigeants dans lesquels sa musique s’inscrit normalement. De son propre excellent groupe Tera Melos, de ses collaborations avec Mike Watt, Nels Cline et Greg Saunier dans Big Walnuts Yonder, à son travail de guitare saisissant sur « Jenny Death » de Death Grips, Reinhart est l’un des guitaristes les plus inventifs de sa génération.

Après toutes ces innovations, il est curieux que Reinhart ait décidé de créer un « groupe de chansons rock normal » comme il l’a appelé dans un post d’Instagram en octobre dernier. Disheveled Cuss décrit le projet comme « quelque part entre le début de Weezer et Teenage Fanclub avec une forte influence indie rock des années 90 ». Dans cette dernière catégorie, on compte les plus évidents Sonic Youth, Dinosaur Jr, Nirvana, Pixies, Pavement, ainsi que les moins évidents twee pop comme Dear Nora comme influences majeures au son de cet album. Bien qu’à première vue, ce projet puisse sembler faire partie d’une série d’albums de renouveau des années 90, solides mais sédentaires, Reinhart ne peut s’empêcher d’être lui-même. Son style de guitare unique se répand à la surface à chaque instant possible. Cela vêt Disheveled Cuss d’une nostalgie inexplorée à une nostalgie qui recontextualise la nostalgie en un souvenir qui se déforme et se décompose avec le temps.

Pour l’essentiel, Reinhart est fidèle aux soniques des années 90, bien qu’avec un style de production plus moderne. L’album regorge d’accords de puissance, de pédales de chorus désaccordées, d’overdrives empilées et de lourdes couches de fuzz. Sur « Don’t Paint the Sun », Reinhart saupoudre un synthé au son vintage et un piano qui scintille brièvement. Il maintient son style vocal doux, souvent doublé, qu’il a utilisé tout au long de Tera Melos et qui se prête parfaitement à ce style. Sur « She Don’t Want » et « Nu Complication », Reinhart s’adonne à des mélodies vocales douces et pavotées qui évoquent la scène du nord-ouest du Pacifique dans les années 90. Mais dans ces limites, il insuffle un style qui lui est propre, arrachant l’auditeur à la vague de nostalgie des années 90 et le plongeant dans son monde actuel, où il doit faire face aux facteurs de stress quotidiens qui affectent l’âge adulte. C’est particulièrement clair sur la chanson « Oh My God », où la voix démoniaque de Reinhart, dont la tonalité changeante, entonne « Give up » à chaque couplet. Sur le refrain de « She Don’t Want », il associera le falsetto caractéristique des années 90 à un retournement d’accord décalé qui prive l’auditeur du bonheur de la power pop d’un refrain de Weezer. 

Sur cet album, Reinhart se penche sur son œuvre la plus accessible à ce jour. Parallèlement à Disheveled Cuss, Reinhart a commencé à se produire et à enregistrer sous Acid Fab, un projet d’IDM qui est sans doute son plus mystérieux. Si l’on en juge par sa production récente, ses projets ne feront que le rendre plus aventureux et plus schismatique.

***1/2

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