Siavash Amini & Saaad :« All Lanes of Lilac Evening »

Je suis à la dérive, perdu dans un coucher de soleil que je ne pourrai jamais retrouver. Ils sont tous comme ça, n’est-ce pas ? Un événement insaisissable, effusif, tous les mêmes et pourtant jamais deux identiques. Le Soleil glissant sur l’horizon, le ciel reconfigurant sa palette en tons nocturnes, son déphasage en obscurité jamais deux fois la même, ni le paysage, ni le sentiment.

A l’autre bout du monde, le même spectacle, le même événement quotidien récurrent, mais la sensation est différente. Les ors et les bleus se transforment en pêche, se transforment en violet, se transforment en marine, se transforment en noir. Un paysage parfait, intact et non souillé, se fond dans la nuit, vu seulement par sa silhouette sur le champ d’étoiles. J’aurais pu rester couché là pour toujours.

Pourquoi sommes-nous ici ? Quel est notre but ? Il est parfois injuste d’avoir été doué de cette vie consciente, qui s’interroge constamment sur son sens, sa valeur. Que devrais-je faire de mon temps, comment le passer, où ce cours me mène-t-il ? Il n’y a pas vraiment de mauvaise réponse, ni de bonne, et Amini et Saaad le savent tous les deux.

« A Vision Without Contour » se déplace dans une grandeur informe, matérialisant des formes de synthèse contre l’obscurité dans des mouvements fluides. Comme le reste du disque, il ne semble pas sinistre ou ouvertement sombre, juste tendu, tendu, comme un fil de fer enseigné frémissant de tension.

On pourrait dire la même chose de « Time Is A Child Playing In The Sand », ses synthés étouffés et indistincts posés sur un tableau de couches de bourdons qui se récurent et se remodèlent sans cesse. Des guitares abîmées errent dans l’oubli, des formes familières vont et viennent, jamais tout à fait les mêmes, jamais fixées, jamais tout à fait parfaites.

Ce n’est qu’à un moment donné que l’angoisse est quantifiable et trop manifeste pour qu’on puisse la manquer « . Des synthés arpégés se désagrègent, s’agitent et se vrillent au fur et à mesure que la vie se déroule et se retourne. Un organe sinistre est amené dans son sillage, fredonnant avec une profondeur hadéenne comme s’il était loué à un espace sombre fraîchement labouré. Des incrustations de pensées noires s’oxydent dans l’air nouvellement exposé, émanant d’inquiétudes et d’énergies craintives.

Nous voici à la fin, « Des eaux toujours plus abondantes coulent sur ceux qui marchent dans les mêmes rivières » (Ever-Newer Waters Flow On Those Who Step In The Same Rivers). Je vois encore cette nuit-là, les oiseaux tourbillonnant au-dessus de nos têtes en silhouettes, l’eau douce de l’étale qui s’écoule sur le rivage rocailleux. Le sens vient de la distinction : ce n’est pas spécial si c’est normal. La guitare se déforme en croassant les vagues, cette force purificatrice rayonne dans la lumière mourante avec une énergie repentante et baptisante : vous êtes libre. Un autre coucher de soleil sur cette conscience maudite.

***1/2

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