Plague Organ : «Orphan»

Autre incursion expérimentale dans le black metal néerlandais, Plague Organ est un projet de Rene Aquarius (Dead Neanderthals, Cryptae, et bien d’autres) et de l’ingénieur du son Marlon W. Une seule composition de quarante minutes, intitulée eOrphane, est leur première offrande horrible à nos oreilles collectives, grâce à Sentient Ruin Laboratories.

Si on connaît bien les autres groupes de Rene, on sait qu’il valut mieux deviner ce que Plague Organ pouvait représenter, mis à part le fait que je m’attendais à une approche expérimentale et repoussant les limites du métal extrême. En cela,on n’a certainement pas tort. Cependant, ce nouveau véhicule a quand même réussi à surprendre et Orphan représenter ainsi une altérité plus décalée.

Plague Organ embrasse toutes ces facettes qui font que les amateurs de black et de death metal désirent leurs fameux sons déformés ; ceux-ci étant des atmosphères oppressantes, des arrangements labyrinthiques, un rythme étouffant et des chants frénétiques, provoquant des acouphènes. Mais plus que tout ce que je pourrais nommer, ce projet avale aussi le désir d’expérimenter avec des psychédélismes abstraits, des improvisations libres et des paysages sonores sombres et ambiants.

Orphan est, par nécessité, un album cérébral et un album pour les aficionados des extrêmes de la musique lourde. Je ne peux pas imaginer ce qu’un non-initié au black ou au death metal ferait de cet album, ni même ceux qui ont un simple livret des ancêtres du genre. Plague Organ peut atteindre une qualité intemporelle avec l’album, mais il ressemble aussi à la quintessence d’un projet musical du 21e siècle.

Les percussions de Rene sont au cœur de cet album profondément curieux et particulier. Tout au long des quarante minutes que dure l’album, le rythme du souffle reste une constante imperméable et implacable. Orphan crée ainsi un effet hypnotique, quelque part entre un high naturel et le début d’un mal de tête. Des percussions supplémentaires et un ensemble de basses, de synthés et de bruits de bourdonnement provoquent une hallucination auditive unique. Ces divergences ne finissent jamais, elles n’atteignent jamais le zénith du pic ou un nadir impie, elles ne créent jamais une brève structure à laquelle se raccrocher pendant la tornade sonore – et c’est là que réside le cœur et la tension d’Orphan.

Ce long-métrage est fractal, toujours ramifié et dans sa forme de semi-finalité et d’état quasi inachevé, ce déséquilibre apporte paradoxalement à l’auditeur l’élément central de l’album. La voix influencée par le death-metal est peut-être un autre talisman, une autre garantie qui donne à l’auditeur – témoin ? – Plague Organ la force d’endurer les ravages de son temps de fonctionnement.

Orphan est un triomphe du métal extrême marginal, de l’improvisation libre et du pouvoir que l’on peut exercer lorsqu’on est libre, sans points de référence et en abandonnant les instruments traditionnels (c’est-à-dire la guitare) du genre que vous continuez à habiter. Totalement gauchiste, avant-gardiste et sans aucune apologie artistique, Plague Organ a livré l’une des sorties les plus inquiétantes et intrigantes, peu orthodoxes et innovantes de 2020. Trop peu conventionnel pour la plupart, mais ceux qui sont prêts à se soumettre et à se plonger dans les eaux les plus sombres de l’arrière-pays sans frontières de l’extrême métal trouvera beaucoup à admirer ici.

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