Hekla: « Sprungur »

Sprungur est le deuxième disque de la musicienne de thérémine islandaise Hekla. Parfois glacé et rongé par l’obscurité, et toujours comme une écoute hantée, Sprungur est un disque envoûtant qui s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur, adapté à l’automne puis à la descente imminente vers l’hiver. Avec son climat subpolaire, Hekla capture l’atmosphère de l’Islande. Le disque a été écrit et enregistré dans son home studio à Reykjavik alors qu’elle était en congé de maternité.

Le thérémine d’Hekla se transforme lentement en fantôme, comme une apparition, planant, vacillant avec un vibrato, glissant vers le bas, puis s’effondrant. Le son spectral du thérémine continue à résonner longtemps après que sa voix se soit calmée, comme s’il jouait pour un public absent dans une pièce vide. Le timbre obsédant donne naissance à un son incroyablement sinistre, empreint de mystère et de mémoire, tandis que les synthés tourbillonnent dans des bassins de texture de plus en plus profonds. Le thérémine est magique, envoûtant, et Hekla est une virtuose ; à tel point que l’instrument devient une extension d’elle-même. Sur ce disque, elle est capable d’accroître la portée de son son et de réaliser de nouvelles possibilités.

La musique a la sensation d’un lourd enchantement, d’une berceuse, d’une Belle au bois dormant qui repose pendant des années, piégée dans un château à l’orée d’une forêt. Mais Sprungur est un album calme et insidieux, d’une grande élégance et d’une grande sérénité.

 D’autres sons flottent dans ses eaux troubles : des fantômes de piano et sa propre voix éthérée, qui danse, qui apparaît fugitivement dans l’ombre et qui se dissipe tout aussi rapidement. Ces autres sons montrent qu’Hekla tient à prolonger et à élargir sa fable musicale, et si le thérémine s’empare de tous les titres, le piano, les cordes, les synthés et d’autres éléments sont tout aussi importants dans la création d’un album équilibré.

Dans ses mains, l’instrument couvre de multiples sentiments et émotions. Sa gamme dynamique est impressionnante. Elle couvre aussi beaucoup de terrain tout en parvenant à maintenir une atmosphère stable et froide qui ne serait pas déplacée par un matin d’octobre froid et brumeux. Comme dans un sombre conte de fées, sa voix berce l’auditeur, lui racontant peut-être une histoire qui lui est propre. En fait, l’un des morceaux de Sprungur est un arrangement d’une berceuse islandaise traditionnelle, qui faisait peur à Hekla quand elle était petite. Ses paroles se traduisent par « Dans le glacier gronde de profondes fissures mortelles », et c’est de là que vient le titre de Sprungur, qui explore l’imagerie des grandes bêtes mythiques qui peuplent la terre et provoquent de profondes fissures par leurs mouvements grondants. Il y a quelque chose de fantastique dans sa musique, qui résonne dans la longue nuit. Sa voix commence l’enchantement, et le thérémine répète la mélodie, la terminant.

***1/2

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