The Districts: « You Know I’m Not Going Anywhere »

The Districts ont fait intrusion sur les radars en 2017, avec leur opus folk-punk Popular Manipulations, une marque de rock bien ancrée et déchirante, qui a ébranlé maints auditeurs. Ils ont clairement mis tout leur cœur dans ce disque, qui a fini par ressembler ce type d’album où vous efforceriez de récupérer votre ex si vous trouviez les bons mots. C’est le genre de disque parfait pour les moments de tristesse, un compagnon quotidien.

You Know I’m Not Going Anywhere est un disque d’un genre différent. Il est toujours évocateur de toutes ces mêmes images : « Hey Jo » est un chant de désespoir qui évoque une rupture brutale, « Changing » affiche un hymne d’une tristesse profonde qui fait allusion à l’anxiété sous-jacente qui anime le titre ; « Comme un monte-charge qui s’enfonce lentement sous terre… je ne peux pas continuer à chanter, tout le monde change » (Like some freight elevator slowly sinking deep underground…I can’t keep on singing, everybody’s changing), et « 4th of July » offre une morbidité d’une beauté absolue ; « Nous avons laissé nos corps sur la rive / et quand la marée est montée, ils ont coulé / dans la lueur de la lune bleue… » (We left our bodies on the bank / and when the tide came in they sank / into the blue moon’s glow…). L’atmosphère centrale de morosité et d’angoisse est toujours aussi palpable – mais alors que Popular Manipulations esonne comme sorti d’un bar, You Know I’m Not Going Anywhere projette sa douleur sur le grand écran. Le climat est presque cinématographique en matière de progression et de production, rayonnant d’un éclat brillant qui rend le tout plus histrionique et ambitieux que ce que l’on pouvait imaginer venu du combo.

En tant que tel, You Know I’m Not Going Anywhere est de loin l’enregistrement le plus aventureux du groupe sur le plan sonore à ce jour. « Sidecar » s’écrase ainsi à travers le mur à un rythme effréné qui explose avec des vagues de travail énergique à la guitare, des gémissements de falsetto et des oohs mélodiques, tandis que  » »All The Horses Go Swimming » s’ouvre avec un accordéon qui se fond progressivement dans une piscine cristalline d’ambiance de cordes. « Descend » est l’un des morceaux acoustiques les plus lucides, chaque guitare pastorale résonnant avec la clarté d’une ballade folk à la Sufjan Stevens, avant que le tout ne se transforme en un tourbillon d’effets sonores et de bourdonnements vocaux. « Dance » tremble et s’agite avec de fortes vibrations orientales, rapidement rejointes par des interjections de synthétiseurs. L’ouverture « My Only Ghost » ressemble presque à un hymne des Fleet Foxes. Le spectre des influences serait ridicule si le chanteur Rob Grote ne faisait pas le lien entre les deux, avec ses croons et hurlements émotionnels.

Le quatrième album de The District marque un nouveau chapitre dans leur carrière. Il les voit émerger des recoins sombres et obscurs de Popular Manipulations avec une vigueur nouvelle, accompagnée d’une dynamique sonore qui n’existait pas auparavant dans leur musique. C’est un événement capital ; c’est comme s’ils prenaient l’air déprimant de Frightened Rabbit, le faisaient tourbillonner avec un penchant de The National pour les crescendos géants, puis exécutaient le tout avec le bombardement d’un album de Killers. Ce n’est pas forcément aussi déchiqueté ou aussi bon marché que les précédents albums du groupe, mais c’est aussi beaucoup plus divertissant. You Know I’m Not Going Anywhere est une percée pour The Districts, une preuve que, eux, vont bien quelque part.

***1/2

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