A.O. Gerber: « Another Place To Need »

Un album peut être une histoire autant qu’un roman ou un film. Il n’est pas nécessaire qu’il le soit, il vaut mieux qu’il le soit. Le premier album de l’artiste de Los Angeles A.O. Gerber, Another Place To Need, dont la réalisation a duré trois ans, raconte une histoire si visuellement immersive qu’elle est presque aussi efficace qu’un film. Another Place To Need est une histoire d’amour.

« Old Blue » », le premier « single » de l’album, commence avec regret. Que ce soit le sentiment de perte que l’on éprouve après une rupture, la perte d’un ami, d’un membre de la famille, il y a toujours des choses que l’on aurait aimé dire, un degré d’honnêteté qui n’est possible que rétrospectivement. Cela vous hante, et la voix de A.O. Gerber rend cette hantise palpable. Il n’est pas nécessaire d’avoir une bonne voix pour faire de la bonne musique, mais cela aide certainement si vous en avez une. A.O. Gerber a une de ces voix où vous avez l’impression qu’elle n’a même pas besoin de dire quelque chose de particulièrement profond et qu’il faudrait quand même l’écouter encore et encore.

Mais elle dit quelque chose de profond. Si « Od Blue » signifie ne jamais se faire connaître, « Strangers » signifie que l’on ne peut jamais vraiment connaître quelqu’un. Poursuivant sur le thème du regret, « Strangers » raconte l’histoire de deux personnes qui ont été ensemble pendant des années sans jamais vraiment révéler quoi que ce soit d’important à leur sujet. C’est tragique, la façon dont on peut se sentir si proche de quelqu’un et réaliser des années plus tard que rien de ce que l’on croyait savoir sur lui n’a jamais été réel.

Selon Gerber, l’album est censé montrer comment quelqu’un peut se perdre dans son propre monde, et elle fait un travail incroyable en montrant toutes les pensées intrusives et les fantasmes répétitifs qui ont tendance à nous remplir la tête quand nous sommes seuls. Comme il peut être isolant de vouloir se connecter avec quelqu’un mais de se sentir incapable de le faire. Ce sont des thèmes très tristes, mais l’esprit de Gerber est aussi très beau. Il est rempli d’images et de lumière naturelles. La voix de Gerber, rocker girl des années 90, raconte la scène. Cela rappelle The Cranberries et Dido, le genre de berceuse apaisante qui donne l’impression que quelque chose de triste est durable.

Il y a toujours un arrêt de spectacle sur chaque album, et pour celui-ci, on peut choisir « Every Time » La musique y est si accrocheuse et magnifique en soi que les paroles peuvent s’y perdre, ne vous frappant qu’à la fin de la chanson. « Pourquoi vivre, c’est toujours comme mourir » ? (Why does living always feel like dying?) Parler de se perdre dans sa propre tête.

La musique, les films, les histoires en général, toutes ces choses ne sont que des moyens de se connecter avec les gens. Another Place To Need est un album qui parle essentiellement d’isolement, d’amour et de désir de connexion à une époque où la connexion est si difficile. Mais j’ai toujours été quelqu’un qui écoute une chanson ou lit un livre et qui ressent immédiatement une parenté avec l’auteur. L’opus n’a pas nécessairement de fin heureuse, mais il n’en a pas besoin non plus parce que, évidemment, ce n’est pas du tout une fin. C’est un début.

***1/2

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