Golf Alpha Bravo: « The Sundog »

L’un des enregistrements les plus intéressants et les plus invitants de ce début d’été nous vient d’Australie. Il s’appelle The Sundog, c’est le premier disque de la carrière solo de Gab Winterfield, guitariste et chanteur de Jagwar Ma et a été édité par le propre label du musicien, Treasured Recordings Label. The Sundog contient onze chansons et sur leur passage nous voyageons dans l’espace et le temps, vers le meilleur héritage du rock psychédélique du nord, un coup de pinceau épique avec des tics impressionnants du meilleur jazz et du meilleur blues qu’il est possible de conférer à la plus récente histoire de la musique contemporaine, une sorte de surf blues inspiré des expériences personnelles de Gab durant son enfance et son adolescence dans la zone côtière australienne près de Sydney, où il a grandi.

Cet opus est un de ces disques que l’on écoute avec le même plaisir qu’un coquillage s’appuie sur l’oreille en prétendant que pendant cet acte si simple, mais aussi symbolique, on peut écouter tout le vaste océan qui est devant nous ainsi que les êtres qui l’habitent ;nos amis et nos confidents. Si dans Jagwar Ma Gab a voyagé dans le monde entier, chanté à Coachella ou à Glastonbury et connu le côté le plus frénétique de ce qu’est la vie pleine et confuse d’une pop star, The Sundog est pour l’auteur un disque de recueillement, une tentative de retour à la terre, aux origines et à la simplicité où il a grandi et qui l’ont façonné. Et en fait, les trente-huit minutes du record sont réussies dans cette fonction d’auto-absorption. Pour l’auditeur, elles peuvent également donner des résultats similaires, car il s’agit d’un enregistrement simple et agréable. En y faisant du stop jusqu’à des explorations sonores éminemment minimalistes, faites uniquement avec la basse, l’alto et la batterie, on crée des points d’intersection sûrs et étroits entre le rock et le jazz, toujours avec un toada éminemment lo fi et psychédélique, qui n’a même pas renoncé à quelques gadgets d’enregistrement maison. Le résultat conduit à la fois notre esprit à voyager à travers l’immensité cosmique, ainsi qu’à entrer dans les profondeurs de notre plus petite cellule, étant le disque parfait pour faire face au besoin primaire que nous avons tous, de loin, d’échapper au rythme hallucinant de cette modernité qui nous absorbe, tout en allumant dans nos cœurs des feux de joie autour desquels nous nous asseyons ensemble avec tous les visages de notre individualité, dans le but évident de trouver les meilleurs moyens de sortir des dilemmes qui nous affligent ou simplement de profiter de la compagnie de toutes les facettes de notre moi.

The Sundog provoque immédiatement un sourire inconscient, non seulement parce qu’on l’écoute d’un seul trait, presque sans le remarquer, mais aussi parce qu’il est rempli de chansons optimistes et joyeuses, et sans cesser d’avoir l’indispensable contenu réfléchi et intime qui sous-tend toujours un alignement qui veut laisser une trace tandis qu’il se concentre sur certains des dilemmes existentiels typiques de l’adolescence, qu’ils soient plus ou moins incisifs dans la façon dont ils régissent notre présence dans ce monde.

Ainsi, et en regardant plus concrètement les chansons de l’album, si « Stuck Being Me « est une de ces compositions qui nous font automatiquement réfléchir sur ce que nous sommes et si tout va bien ou non, alors « Unwind » est le thème parfait pour nous laisser divaguer, pendant que nous nous laissons séduire par une brise légère et confortable qui nous emmène on ne sait où. Déjà complètement absorbés par un début d’alignement aussi intense et incandescent, nous prenons un coup de poing dans le bas-ventre lorsque la basse narcotique dans laquelle navigue « Blue Wave » entre dans nos oreilles, une chanson qui, en ce qui me concerne (et comme personne ne le lira, je peux le dire ouvertement), a dans sa genèse tout pour être sexuellement très attirante et fonctionner comme un stimulant réel et efficace. En fait, tant cette « Blue Wave » que la plus répandue « Rainbow Island « semblent être une sorte de paire inséparable, deux thèmes qui se sont enroulés sans appel ni aggravation, enveloppés dans un son qui les fait sembler avoir été piégés dans un quelconque transit pendant plusieurs décennies et finalement libérés avec le confort que l’évolution technologique de ces jours permet, étaient disponibles quelque part dans un siège rembourré face à une plage ensoleillée, au début de cette aube que nous vivons tous une fois dans notre vie, ou dans le lit le plus confortable de la maison, surplombant un vaste océan de questions existentielles, qui entre l’audace et la densité, nous offre un séjour d’une magie et d’une délicatesse inhabituelles.

Jusqu’à la fin nous attendent de nombreuses autres surprises et des moments de catalogage sonore difficiles mais tout à fait accessibles et gratifiants, qui ont connu la chevauchée du cynisme hypnotique de « Comet Loop », la simplicité brute et bohème de « Love In The Clouds » et l’exubérance et la majesté de « Groove Baby Groove », nous permettent l’absorption complète et dévouée d’un calme supposé quelque chose de céleste, où le rétro se mêle au charme, une symbiose à laquelle il est impossible de rester indifférent, notamment parce qu’elle se situe à un niveau de couverture plus élevé.

The Sundog possède ce groove qui ne laisse personne indifférent et un contenu, à la fois lyrique et instrumental, suffisamment solide pour offrir à l’auditeur une expérience d’écoute particulièrement frappante et immersive, mais aussi pour qu’il se sente entouré de sensations agréables et relaxantes. C’est, au fond, un mélange équilibré, sobre et réussi entre passé et présent et un voyage épique de confort et de plaisir parfait pour un été qui exige des fêtes et des joies incontrôlées, mais aussi des périodes de recueillement et de revue personnelle. On peut espérer que ette suggestion sera appréciée…

****1/2

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :