The Pretenders : « Hate for Sale »

Depuis plus de quatre décennies, les Prétendus ont un son. Comme Willie Nelson ou Louis Armstrong, la chanteuse Chrissie Hynde a une voix qui est immédiatement reconnaissable. Le son de la guitare de James Honeyman-Scott, décédé en 1982, a influencé tout le monde, de Peter Buck de R.E.M. à Johnny Marr de The Smith.

Sur leur 11ème album studio, Hate For Sale, les Pretenders démontrent qu’ils peuvent encore écrire des tubes accrocheurs et instantanément reconnaissables, tout en explorant des genres musicaux moins évidents, dont le punk et le reggae.

L’album commence par un comptage raté. Après un rapide « 1,2,3,4 » le groupe s’agite un moment, s’arrête, on murmure rapidement « sorry », un autre comptage, puis le groupe se lance dans la chanson titre de l’album. L’excitation hâtive de l’intro ressemble à un de ces spectacles punk rock où ni la foule ni ceux qui sont sur scène ne peuvent attendre que le spectacle commence. La guitare principale galopante de la chanson et le son d’harmonica flamboyant de Hynde sont à peine maîtrisés. La voix de Hynde donne l’impression de canaliser le ricanement de Johnny Rotten.

Le deuxième morceau de l’opus, « The Buzz », sonne comme un classique de Pretenders. La voix soyeuse de Hynde parvient à évoquer la juxtaposition de sa timidité et de son audace.

« C’est une drogue comme une autre/ Opiacée, enrobée de sucre/ Soit vous avez été licenciée/ Soit vous êtes sur le point d’être promue/ A la merci de votre homme/ Et il vous fait attendre/ Pour le buzz » (It’s a drug like any other/ Opiated, sugar-coated/ You’ve either got the sack/ Or about to be promoted/ At the mercy of your man/ And he’s making you wait/ For the buzz), Hynde chante sur une guitare acoustique grattée. Dans ce délicieux flou, elle semble établir des liens entre nos désirs d’amour, de succès et de plaisir dans une culture de consommation.

Le milieu de l’album ressemblera à un « buffet à volonté » : un tas d’aliments réconfortants qui ont bon goût mais qui sont un peu bizarres les uns à côté des autres. « Lightning Man » possède un côté reggae sinistre. De lourdes basses se glissent sous les crépitements de guitares, des guitares à retardement. Hynde sonne un peu comme Siouxsie Sioux sur les couplets, mais avec l’ajout de quelques guitares chargées de réverbération et d’une batterie rock and roll, les refrains sonnent plus proches de la ville natale de Hynde, Akron, que de Kingston, en Jamaïque.

« Didn’t Want to Be This Lonely » »ressemble à une version alternative du tube « I Want Candy » de Bow Wow Wow en 1982. De l’intro de Martin Chambers à la batterie, en passant par les accords de bar surchargés joués à la guitare, l’ambiance musicale est essentiellement la même, mais la voix grave de Hynde et son interprétation plus décontractée donnent à la chanson une autre dimension. Ses paroles capturent parfaitement les contradictions qui nous brisent le cœur ; « Je ne voulais pas être si seule/ Bien que te perdre soit un soulagement/ D’une vie avec un seul homme/ Sans morale ni croyance » “Well I didn’t want to be this lonely/ Though losing you was a relief/ From a life with one man only/ Devoid of morals or belief) chante-t-elle.

L’album se termine avec une ballade au piano « Crying In Public ». La mélodie sombre semble cinématographique, dans l’attente d’un clip musical qui l’accompagne et qui présente un long plan de femmes pleurant dans des lieux publics. Hynde chante : « Pleurer en public est une chose malheureuse/ Une femme amoureuse est une chose délicate/ Et une femme qui est triste sans aucune raison/ Pleurera en public dans la voiture ou au centre commercial » (Crying in public’s an unfortunate thing/ A woman in love is a delicate thing/ And a woman who’s sad for no reason at all/ Will be crying in public in the car or the mall).

Le disque semble briller davantage lorsque les Prétendants sont eux-mêmes. ; comme on le sait que trop bien, quand on a une recette gagnante, il n’est pas nécessaire de la changer. Le solo d’harmonica sur « I Don’t Know When to Stop » suscitera une nostalgie instantanée. Même les morceaux plus graves et punks comme « Maybe Love is In NYC » »ne perdent jamais la qualité inhérente à la douceur que Hynde a rendue célèbre avec des tubes comme « Brass in Pocket ».

Hate for Sale rappelle parfaitement pourquoi les Pretenders ont connu un tel succès au cours des 40 dernières années : être authentique tout simplement en restant lui-même.

***1/2

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