Rufus Wainwright: « Unfollow The Rules »

Rufus Wainwright a passé la majeure partie de 20 ans à ignorer les règles et à forger sa propre voie musicale. Glorieusement bon vivant un moment et étonnamment déchirant le suivant, Wainwright a le style d’un poète qui fait sonner le son brut avec douceur. Sa prestation à l’opéra nous a fait passer des amours aigries aux « Grey Gardens » en passant par les sonnets shakespeariens. Aujourd’hui, alors que l’âge moyen s’achève et que la vie conjugale se poursuit, Wainwright nous revient avec Unfollow The Rules.

L’album s’ouvre sur « Trouble In Paradise », un regard humoristique sur les changements de tendance non seulement du monde mais peut-être aussi de Rufus Wainwright lui-même. L’auteur-compositeur-interprète utilise le domaine de la mode comme tremplin lyrique pour cette chanson, entouré d’une mer délicieuse d’orchestrations pop et rock alors que des réalisations tombent de ses lèvres : « Il y a toujours des ennuis au paradis/ Peu importe que vos boissons soient propres ou glacées/ Il y a toujours des ennuis au paradis/ Peu importe que vous soyez bon ou mauvais ou méchant ou terriblement gentil ». ( There’s always trouble in paradise/ Don’t matter if your drinks are neat or on ice/ There’s always trouble in paradise/ Don’t matter if you’re good or bad or mean or awfully nice).

C’est cette reconnaissance des leçons apprises au fil du temps qui est l’un des thèmes de Unfollow The Rules. Wainwright s’adresse à nous avec un sens familier de l’exploration ironique, oui, mais le ton est tempéré par un sentiment de satisfaction qui n’arrive qu’avec une véritable installation.

On pourra entendre cette satisfaction surtout sur « Peaceful Afternoon », avec les cordes de la guitare et du banjo qui accompagnent joliment Wainwright alors qu’il réfléchit sur ses 15 ans de relation. Wainwright espère que le visage de sa bien-aimée « est le dernier que je vois par un après-midi paisible » (is the last I see on a peaceful afternoon), car le mariage est maintenant une machine bien huilée, même si les moments de colère se mêlent à la joie. Comme il le chante clairement, « tout cela fait partie du jeu/ Oui, tout cela fait partie de la symphonie » (it’s all a part of the game/ Yeah, it’s all a part of the symphony).

Cela ne veut pas dire que Rufus Wainwright n’est pas encore doué pour écrire des chansons qui saignent à blanc de ce qui est hors de portée. « Ne me donnez pas ce que je veux/ Donnez-moi juste ce dont j’ai besoin » (Don’t give me what I want/ Just give me what I’m needing), chante-t-il ; un plaidoyer dans la chanson titre, une lente combustion d’une chanson qui se transforme en un gonflement des cordes d’orchestre et sa signature, un vibrato qui monte en flèche. Le titre de cette chanson est peut-être né d’un commentaire désinvolte de la fille de Wainwright, mais Unfollow The Rules est au cœur de ce que signifie suivre son propre chemin tout en cherchant à aller plus loin.

Wainwright s’inspire également d’une convergence de lieux et d’histoire sur « Damsel in Distress ». C’est une chanson inondée par l’or du matin, les sons de Laurel Canyon, des flûtes qui résonnent dans les cavernes à la guitare acoustique forte et robuste qui l’accompagne. Bien qu’une partie de l’influence de cette chanson vienne de Wainwright vivant à Laurel Canyon (osmose folk-rock et tout ça), la principale force motrice a été d’honorer une autre auteure-compositrice-interprète, Joni Mitchell. Une fois que vous savez cela, il est difficile de ne pas entendre ces touches distinctes à la Mitchell et, bien sûr, c’était le but depuis le début.

Unfollow The Rules est un album qui résonne de sagesse et de sérénité, durement gagné parfois mais tout de même rassemblé. L’un des exemples les plus poignants est celui de « Only The People That Love ». Wainwright expose la trajectoire de ceux qui aiment sans peur, en déclarant : « L’amour signifie aller de l’avant et le faire/ L’amour signifie aller de l’avant et le faire/ L’amour signifie aller de l’avant et le dire/ L’amour signifie aller de l’avant et le dire » (Love means go on and do it/ Love means go ahead and do it/ Love means go on and say it/ Love means go ahead and say it). C’est un autre moment d’étalage et d’élagage des règles, mais de la manière la plus belle possible. 

Au final, le dernier album de Wainwright n’a pas tant pour but de faire voler en éclats le travail de fond sous vos pieds que de trouver la paix avec qui vous êtes et comment vous êtes arrivé là – les brisures et tout lce qui va avec.

***1/2

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