Bronius Kutavičius: « Last Pagan Rites »

Ces dernières années, on a pris conscience que les pays baltes sont à l’origine d’une musique étonnante. Ce disque est un autre exemple galvanisant de ce qui se cachait autrefois derrière le rideau de fer. Bronius Kutavičius, né en 1932, a fait ses études dans sa Lituanie natale et il est resté un phénomène exclusif à son pays. Les notes à son propos vont plus loin en le décrivant comme une « figure culte de longue date dans la composition lituanienne » Quoi qu’il soit, sa musique est presque littéralement magique.

Il est considéré comme le précurseur du minimalisme dans la musique lituanienne – les expressions « minimalisme expressionniste » et « minimalisme ritualiste » sont également utilisées. Cependant, le matériel qu’il utilise est d’origine populaire, sinon littéralement, du moins en esprit. Le premier mouvement de Last Pagan Rites (1978) illustre de façon frappante la marque de minimalisme du compositeur, si telle est sa description préférée. De courtes phrases chorales sont répétées de manière obsessionnelle dans différentes phases par différentes sections du chœur pour créer une structure dense et agitée. Les notes de l’orgue et les quatre cors bourdonnent et imitent les cloches de la cathédrale. Dans le mouvement suivant, les femmes du chœur chantent et chuchotent librement, et l’effet est comme si l’on entendait les prières du dévot dans une église ou une mosquée. Une soprano soliste chante un chant simple mais – par répétition – incantatoire sur ce lit de son chatoyant. Kutavičius aurait pu noter ces effets avec précision – je n’ai pas vu de partition – mais le chœur est appelé à produire une musique qui sonne aussi naturelle et spontanée qu’inhabituelle. Les deux autres mouvements créent des impressions similaires par des moyens similaires. Le son dominant de Last Pagan Rites est celui d’un chœur divisé en plusieurs voix, chacune grouillante d’activité, mais qui se fondent en un tout unifié. Apparemment, lors de la représentation, le chœur se déplace dans la salle et dans le public, un effet qui n’a malheureusement été recréé que de loin sur support physique.

Epitaphium Temporum Pereunti (1998) est traduit par « Épitaphe au temps qui passe ». Cette « symphonie-oratorio » est une sorte de mini-histoire de la Lituanie en quatre mouvements. La simplicité des derniers rites païens a été complétée par un déchaînement exubérant de sonorités orchestrales, parfois brutales, parfois délicates. L’écriture chorale reste ritualiste, bien qu’elle soit moins dépendante des effets de répétition et de mise en phase. Il reste l’utilisation de techniques telles que le chant choral et le hasard contrôlé. Imaginez la Carmina Burana d’Orff combinée à la Passion selon Saint Luc de Penderecki et cela vous donnera une bonne idée de ce à quoi ressemble le plus souvent le son de l’Epitaphium même si on nepeut dire que la musique de Kutavičius soit dérivée de l’un ou l’autre.

Les interprétations semblent définitives et l’ingénierie est exemplaire. Personne ne doit hésiter à s’intéresser à ce que j’ai écrit jusqu’à présent. Ce CD plaira à de nombreux auditeurs, même à ceux qui n’écoutent pas souvent de la musique classique. Il contient une traduction anglaise du texte à Epitaphium, mais pas le latin original, et aucun texte ou traduction pour Last Pagan Rites, ce qui est dommage pour ces œuvres peu familières.

****

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.