Becca Mancari: « The Greatest Thing »

La compositrice Becca Mancari, basée à Nashville, passe de la country à l’indie électronique sur ce disque confessionnel d’une honnêteté brutale. Lorsque Becca Mancari a échappé à son éducation religieuse répressive dans la campagne de Pennsylvanie pour commencer une carrière d’auteur-compositeur à Nashvilleça n’a pas une grande surprise de noter que son premier album soit de bon goût, bien que routinier, et rustique comme tout bon opus country.

Ce n’est pas le cas de ce deuxième disque, qui est un disque intime et brutalement honnête, se dépouillant de toute empreinte country pour s’épanouir vers un son indie rock plein de guitare et d’électronique clairsemées alors qu’elle exprime tout un aéropage de grandes émotions, allant du chagrin à la joie à la douce libération du pardon de soi et des autres.

C’est une démarche extrêmement courageuse car son premier album, Good Woman, a été un succès critique, mais le fait de travailler avec d’autres artistes LGBTQ de Nashville comme Brittany Howard et sa femme Jess Lafser dans le super groupe local Bermuda Triangle a encouragé Mancari à explorer ses sentiments les plus profonds. À cet égard, ce sera sans doute un des disques plus brut cette année.

Le « single » « Hunter » évoquera Beth Orton avec ses guitares dentelées et l’électronique qui l’entoure. Il est inspiré d’une lettre envoyée par une aînée homophobe, appartenant à la secte de son père, la condamant pour sa sexualité et menaçant de la traquer, mais lui permettant de la défier avec les mots suivants : « Eh bien, vous ne me traquerez jamais/Non, vous ne me découvrirez jamais. » ( Well, you’re never gonna to track me down/No, you’re never going to find me out)

« First Time » est l’une de ces chansons qui sortent et qui percent vraiment le cœur, alors que la chanteuse aux origines italiennes/porto-ricaines se lamente : « Je me souviens de la première fois où mon père ne m’a pas prise dans ses bras » (I remember the first time my father didn’t hug me back), ce qui est très fort, car elle se souvient avoir essayé de trouver le courage de lui dire qui elle était vraiment. Il faut alors apprécier la manière dont elle le questionne avace insistance ainsi : « Est-ce que le Dieu que tu aimes tant / Reprendrait cet amour si facilement » (Would the God you love so much/Take that love back so easily back ).  Un plaidoyer qui n’aura probablement jamais de réponse.

Sous la production experte de son ami Zac Farro, batteur de Paramore, tout n’est pas sombre, mais c’est toujours une expérience assez intense. » Bad Feeling », « Pretend » et « Tear Us Apart » se concentrent alors et ainsi sur les relations naissantes et mourantes. « I’m Sorry » poursuit son voyage pour affronter tous ces démons intérieurs qui peuvent vous dévorer, et les luttes intérieures qui peuvent ruiner votre santé physique et mentale, comme elle le demande : « Savez-vous que vous ne connaissez plus votre corps ? ».

Les arrangements de Mancari sont délibérément minimes, mais ayant appris la guitare à l’oreille dans le cadre de sa vie religieuse, elle utilise ces compétences pour créer des riffs trompeurs et accrocheurs qui se superposent à la rudesse des mots.

L’album se termine par un numéro acoustique atypique, « Forgiveness », qui fait ce qu’il est écrit sur la boîte de conserve, car Mancari semble faire la paix avec le fait de se pardonner, de pardonner à sa famille et peut-être même au fanatique qui lui écrit régulièrement pour le lui signaler : « Le pardon est la partie la plus difficile/Quand il est enterré dans votre sang/Vous vomissez l’angoisse/Vous attendez un signe. » (Forgiveness is the hardest part/When it’s buried in your blood/You vomit out the anguish/As you wait for a sign) Peut-être que cetitre correspondra à ce signe.

Il aurait été facile pour Mancari de se contenter d’écrire un autre album teinté de country/Americana pour faire avancer sa carrière, mais elle a eu le courage de prendre une direction totalement différente, une direction à la fois douloureusement honnête et magnifiquement réalisée. Ce disque témoignera ainsi sur la façon dont l’esprit humain peut triompher face aux préjugés et à la stupidité.Ne serait-ce que pour cela, The Greatest Part doit être considéré comme bien plus qu’un simple album.

***1/2

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