Paul Weller: « On Sunset »

Depuis le premier « single » de The Jam en 1977, Paul Weller n’a pas laissé passer plus de trois ans entre deux sorties.  Depuis les premiers aboiements de « In The City « à l’âge de 19 ans, en passant par l’époque de The Style Council et à travers trois décennies de sa carrière solo, Weller a, malgré quelques années de vie sauvage au début des années 90, maintenu une présence sans compromis, même si la production sonore a varié en qualité.

Son quinzième disque est une distillation raffinée des dernières années de la carrière de Weller, à travers les miscellanées néo-psych et funk soul de Saturns Pattern, A Kind Revolution et l’acoustique True Meanings en 2018.  En vrai soulman, il est réconfortant de voir Weller se consacrer à ce qu’il fait de mieux et ce qui lui a valu son heure de gloire.

Avec un piano, un chœur et un tourbillon électronique qui bat et percolle pendant huit minutes sous la voix de Weller, l’ouverture de « Mirror Ball » est cousue de manière ludique avec un interlude d’effets de synthétiseurs ambiants et de bruit de foule ; un craquement des doigts et un muscle musical se fléchit en préparation de ce qui nous attend.

L’esprit de Curtis Mayfield, Serge Gainsbourg et Stevie Wonder (« The sounds of soul spill through the air, lifting up our hearts ») est partout dans « On Sunset », mais aussi celui des Beatles, de Bowie, de Massive Attack, même. Plus tôt cette année, Weller a sorti un EP instrumental expérimental de 4 titres intitulé In Another Room sur le label de musique électronique britannique Ghost Box, une curiosité atmosphérique qui rappelle les détournements du Pop Art Poem, l’un des rejets les plus ésotériques de The Jam, Sound Affects.

« Earth Beat », le premier « single » de On Sunset, est un morceau déclaratif autant qu’autre chose, la piste la plus ouvertement électronique d’un disque qui voit Weller s’y essayer plus sûrement que jamais, avec The Staves et le rappeur londonien Col3trane. L’album s’appuie fortement sur la collaboration. Hannah Peel est de retour après avoir écrit l’orchestration de True Meanings, guidant ici les cordes du Paraorchestra de Bristol. La liste est complétée par Mick Talbot, membre du Style Council, et l’éternel assistant de Weller, Steve Craddock, le groupe Ben Gordelier et Andy Crofts, Julie Gros du Superhomard, le guitariste de The Strypes, Josh McClorey, et Jim Lea de Slade.

Tandis que Gros et McClorey s’enfoncent dans le rythme trépidant et langoureux de « More », le violon de Lea saute par-dessus le music-hall oriental de « Equanimity, » un psychédélisme anglophone léger avec un clin d’œil à Steve Marriot dans les inflexions moqueuses qui entrent et sortent de la voix de Weller. La présence de Talbot est indéniable dans Village alors que Weller se livre à une introspection pastorale.  Selon lui, l’album traite en partie du pouvoir de la musique et de la façon dont elle a affecté sa vie, mais il y a aussi du contentement dans les grooves, une appréciation des choses les plus simples – « Plus on en a, plus on en perd ».

On Sunset est ce que Weller peut trouver lorsqu’il utilise une légèreté de touche et ouvre davantage la porte à la collaboration. C’est un sentiment de liberté, une chose à laquelle il consacre beaucoup d’amour mais peu d’efforts. L’homme que Noel Gallagher a un jour surnommé celui qui fait de la musique pour apaiser son âme nous présente, en effet, un son plus sophistiqué et ‘un Weller plus réfléchi.

***1/2

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