Parlor Walls: « Heavy Tongue »

La nature abrasive de certaines musiques témoigne d’une dissuasion violente des normes et du statu quo, de l’absence de réflexion sur le « tout est parfait ». Cela parle aussi à tout un chacun. Le monde est en feu et vous voulez écouter des accords majeurs ? Non, pas question. Le duo de Brooklyn Parlor Walls reconnaît l’importance du moins agréable, du coup de pinceau brûlé, sur leur nouvel album, Heavy Tongue, une brillante continuation d’une no-wave imprégnée de bruit qui a défié les conventions et a tourné l’écoute sur un tohu-bohu depuis plus de 6 ans. Les dispositions s’échangent comme des colporteurs sur un marché aux proportions sombres – le désir pour le sombre, l’attrait pour le grotesque, l’entrain pour l’anxiété – et inversement – tout cela en un clin d’œil, car rien n’est permanent. La soudaine explosion de synthétiseurs et de samplers sur l’ouvrerture « Birds of Paradise », qui s’enfonce dans le noir comme le sonar d’un sous-marin, se juxtapose au grondement [apparemment] automatisé des tambours. Ces deux instruments sont dirigés par la moitié du groupe, Chris Mulligan, ce qui est impossible. C’est une atmosphère sombre et inhumaine, avec seulement les cris de la chanteuse Alyse Lamb comme indication de la présence de chair et de sang dans l’ensemble. Sa guitare s’enfonce dans des répétitions enroulées, une chaîne de montage se met en marche en appuyant sur un bouton.

A partir de là, Heavy Tongue entre dans une sorte de lutte acharnée entre l’homme et la machine. L’électronique, à la fois lugubre et curieuse, se charge de « Game » et de « Lunchbox », les sentiments s’infiltrant dans la voix de Lamb et créant en elle quelque chose de totalement autre. Le glamour des années 80 flirte avec des samples extraterrestres sur « Violets », et il est magnifiquement enchaîné avec la tristesse du néon. Les attaques de Mulligan font de cette chanson un morceau accrocheur, sans prétention, qui vous fait trembler, mal à l’aise dans vos propres réjouissances. La seconde moitié de l’album est pleine de doutes, de suspense, de parties symphoniques (« Spinning Gold ») et de chaos. L’infusion de bruit indéchiffrable avec des mélodies étranges et des rythmes infectieux qui pulsent hors du corps, ne fait que s’intensifier alors que Heavy Tongue se rapproche de sa fin incertaine (« Rails »), et quand le calme revient enfin, il frappe fort. 

***

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.