Lithics: « Tower of Age »

« Hands », un des « singles » du troisième album des Lithics, commence par des rafales de basse agiles, une trame de batterie stagnante. La section rythmique, composée de Bob Desaulniers à la basse et de Wiley Hickson à la batterie, met en place une structure qui ressemble à une chanson, même s’il manque quelques lattes. Deux guitares, jouées respectivement par la chanteuse Aubrey Hornor et Mason Crumley, skitter au sommet de cette fondation en cris antiques, ont pour fonction de perturber, de choquer, de briser le déroulement régulier de cette chanson. « Hornor » déballe une éclaboussure froide de noms et de consonnes, moins un récit parlé-chanté, plus une autre forme de percussion.  « Tu te promènes, tu parles, tu marches avec moi, les mains sur le côté » (You take a walk, you talk walk with me, hands to the side), chante-t-elle, sur un ton vidé de son sens et de ses sentiments. La chanson est un jouet à enrouler qui a perdu son équilibre, ses parties se déplaçant selon des motifs minimalistes étranges et imbriqués. Par intervalles, un grand accord de guitare retentissant, une ruée de tambours sur les cymbales introduisent densité, dissonance et saturation, mais le corps principal de la chanson résonne comme un code Morse envoyant des signaux qui ne peuvent pas être déchiffrés.

Le littéral s’inscrit dans une tradition bien établie de punk sans souffle et décalé, empruntant les rythmes irréguliers de Kleenex/Liliput, la dansce mécanique brute de « Fire Engine »s, le funk apocalyptique du « Android « de Pere Ubu. Des moments de quasi-correction ponctuent ce disque. Hornor chante un peu dans « Mice in the Night » et « An Island » plutôt que de se contenter de prononcer les paroles. Mais il ne faut pas se fier au mélodisme. Il est traversé par des rafales de guitare discordantes, brisées par des tambours de polisseur de rock.  La basse gronde en jeu, faisant bouger même les morceaux les plus austères dans une sorte de danse saccadée, mais même ces soubresauts d’hédonisme projettent des ombres angoissantes. Vous ne pouvez pas vous sentir à l’aise avec cette musique, quelle que soit la façon dont vous la tournez.

Lithics expérimente des thèmes étendus dans Tower of Age. « The Symptom » » d’une durée d’un peu moins de six minutes, est presque deux fois plus longue que n’importe quelle coupure des Surfaces d’accouplement de 2018. Cette durée plus longue permet au groupe de trouver le bourdon dans son jitter, les éclaboussures sauvages de bruit de guitare scintillant sur un hochement de tête, fredonnant le calme. La voix de Hornor, s’entrecroisant dans des nappes de mots abstraits, devient une pulsation apaisante et hypnotique, une voie à travers la violence et la confusion. D’autre part, la brièveté s’arrête aussi ; « Snake Tattoo » »lance des blips de guitare désaccordés à intervalles irréguliers alors que Hornor répète la phrase titre à plusieurs reprises. Il est troublant et abstrait et difficile à saisir, malgré sa très courte durée

Tower of Age n’est pas radicalement différent de Mating Surfaces, mais il semble à la fois plus aiguisé et plus souple, comme si les musiciens de Lithics étaient devenus si précis et si habiles dans leur forme d’art rasoir qu’ils pouvaient se permettre de prendre des risques. Il y a beaucoup de post-punk, mais très peu de choses aussi bonnes que ça.

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