Sports Team: « Deep Down Happy »

Jusqu’à présent, Sports Team se sont définis par leurs sets en direct, entassés comme ils le sont dans une frénésie délibérée. Bien que les chansons elles-mêmes ne soient pas exactement des hymnes de jeunesse, elles ont donné une voix à une génération blasée et confuse (et salvatrice). Leurs concerts en témoignent, Alex Rice voltigeant joyeusement sur scène comme l’enfant chéri de Jagger et Morrissey.

En cours de route, ils ont sorti une série de « singles » accrocheurs et implacablement optimistes, qui reflètent tous d’une manière ou d’une autre leur mode de fonctionnement. Ainsi, ce premier album est à la fois un succès avant même sa sortie, et souffre parfois d’une trop grande familiarité (malgré l’omission mystifiante de « M5 »).

Le paradoxe est très apparent : une pop gaie, menée par les guitares, qui s’inspire des genres artistiques et britanniques est une formule qui échoue rarement. La musique n’innove pas, mais elle est animée par un enthousiasme que seule la jeunesse peut apporter. « Here It Comes Again » présente un travail de guitare à la Coxon sous un chant vif et légèrement déformé, tandis que « Going Soft » s’appuie fortement sur un léchage qui fait écho à « English Rose » de The Jam. Pendant ce temps, sur « Feels Like Fun », ils font le plein sur Strokes, la guitare crochue se prêtant bien au roulement de la basse, seul un mellotron silencieux ajoutant un peu de piment au bruit indie. L’uniformité de l’esprit du groupe se reflète au mieux dans le premier morceau, « Lander », où le sextuor sort des pièges en ne faisant qu’un, tandis que sur « Camel Crew », ils font du glam-rock.

C’est dans le domaine lyrique que Sports Team se différencie : le compositeur Rob Knaggs a un œil d’observateur comme MM. Turner et Cocker, mais contrairement à ces deux géants, son expérience est celle d’un membre de la classe moyenne plutôt que d’un travailleur. Bien que le groupe répugne certainement à être vu à travers le prisme de la classe, il lui est reconnaissant de ne pas s’en cacher, car cette expérience n’est pas moins valable que de s’appuyer sur de l’impalpable. Par l’intermédiaire de la chanteuse Rice, Knaggs déplore l’ennui et le seul vrai moment de pause sur l’album, l« Long Hot Summer » conduit au piano, contient des chants passionnés et des paroles intemporelles : « Il n’y a rien pour moi dans cette ville » (There’s nothing for me in this town).

Les paroles de Knaggs dégoulinent de cynisme : « Here’s The Thing » est une simple liste d’extraits sonores fournis par la société, à la fois de droite : « Si tes parents ont travaillé pour le gagner, alors c’est à toi » if your parents worked to earn it then it’s yours) et de gauche : « Le monde ira bien si nous arrêtons de prendre l’avion » (the world will be OK if we stop taking flights’), où la vérité n’est dite qu’au milie : « Je commence à en avoir assez des bavardages condescendants »(I’m growing bored of condescending chit-chat). « The Races » est une expérience passionnante, mais digne d’être narrée, de rencontre avec la race particulière du laurd britannique :« il veut parler de la guerre, de la façon dont il se déroule, on pourrait penser qu’il les a combattus seul »(wants to talk about the war, the way he’s going on you’d think he’d fought them off alone) qui semble maintenant dominer la conversation.

Les titres d’ouverture et de clôture de l’album s’achèvent sur la promesse séculaire d’accomplissement que constitue le déménagement à Londres et représentent au mieux le lieu d’implantation de l’équipe sportive : le déménagement dans la capitale n’est pas l’idée que tout le monde se fait du succès, mais il est conçu pour être la voie la plus directe vers celui-ci.

Mais malgré l’enthousiasme de la jeunesse, il y a peu de naïveté dans le spectacle. Le favori des fans, Kutcher, tout en réussissant à transmettre les premiers sentiments d’amour non partagé, parle peut-être mieux à une génération plus âgée : « Je voulais juste être votre star MTV du milieu de l’année 2000 » ( I just wanted to be your mid-00s MTV star’ would surely be meaningless to anyone under 18) n’aurait sûrement aucun sens pour une personne de moins de 18 ans), et il y a un double clin d’œil à Bowie sur les démangeaisons de « Stations To The Cross. »

Ayant gagné ses galons sur la scène, mais se voyant maintenant refuser la possibilité de toucher un public plus large lors des festivals, Deep Down Happy devrait en faire assez pour queSports Team ne perde pas de son élan en deuxième mi-temps.

***1/2

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