The 1975: « Notes on a Conditional Form »

Dans un monde où les temps d’attention sont de plus en plus courts et les distractions constantes, sortir un album de musique nouvelle d’une durée de 81 minutes représente un grand défi, surtout lorsque cet album sera principalement consommé via des services de streaming. Sans l’avantage d’un format double album qui donne des pauses naturelles à une collection mammouth de 22 aventures sonores, se plonger dans le voyage musical qui est la dernière production de The 1975 est une expérience intimidante mais finalement enrichissante.

Pour ceux qui tiennent les comptes, Notes est la quatrième partie d’une trilogie d’albums prévue et un couplage avec l’excellent A Brief Inquiry Into Online Relationships de 2018 et se déroule dans l’ère définie par Music For Cars. Remettre en question la norme et les attentes de la scène musicale et de ses fans, voilà l’objectif de The 1975 et toute la démarche du combo y est exemplifiée.

Notes est un sac empli de sonorités aussi confuses et multiples que l’existence introvertie et extravertie du frontman Matt Healy. Comme il l’observe dans le documentaire promotionnel du groupe, les expressions sur Notes proviennent « d’un désir d’être vers l’extérieur suivi d’une peur d’être vu ».

Écrit et enregistré pendant la tournée de soutien à Inquiry, l’album a été alimenté au goutte-à-goutte par une série de sorties de « single » qui ont commencé avec le turbulent « People » en août 2019, alors que les dates de sortie étaient repoussées à maintes reprises. Y avait-il des problèmes ou simplement de la nouvelle musique ajoutée ?

Il a été d’écise d’aller à l’encontre de la tendance à la sortie rapide de « singles » après celle, en octobre dernier, de Frail State of Mind un album de nouvelles musiques plutôt qu’une collection de nouvelles chansons éparpillées entre des titres connus préalablement.

À props de Frail State Of Mind, Healy a déclaré : «  écrit « Go outside ? / seem unlikely » et une vérité paralysante d’anxiété et d’introversion sonne maintenant comme une alarme COVID-19 pendant le confinement. Mais alors que Frail State procure un sentiment de confort et de réconfort dans son mélange de rythmes sautillants, Notes propose également une partition pour la quarantaine.

L’album est une collection de genres écrasés et mélangés, allant de l’ambiance influencée par Brian Eno de « The End (Music for Cars) » et des cordes luxuriantes de « Streaming » aux voyages électroniques de « Yeah I Know », « I Think There’s Something You Should Know » et « Bagsy Not In Net », en passant par les virées folkloriques contagieuses de « Jesus Christ 2005 God Bless America » avec la chanteuse Phoebe Bridgers, et « Playing On My Mind ».

Et bien sûr, il y a les bops rêveurs d’inspiration pop comme l’éphémère « Then Because She Goes », le bonheur ambulant de « Me & You Together Song » et la nostalgie des années 80, avec une obsession moderne en ligne qu’est « If You’re Too Shy (Let Me Know) ».

L’album contient plusieurs moments forts, surtout dans la deuxième moitié. La réévaluation édifiante de l’ego déconstruit dans « Nothing Revealed / Everything Denied », où Healy s’insurge contre une personne publique encouragée par ses paroles expressives, est la chanson qui est sûre d’avoir une foule de spectateurs.

L’âme rêveuse des Temptations, samplée, « Tonight (I Wish I Was Your Boy » » est un grand moment. Et l’ambiance sonore changeante de « Having No Head » est le titre de gloire du batteur/producteur George Daniel dans un album rempli d’une production brillante et chatoyante.

Des chansons comme « The Birthday Party » et « Roadkil » », qui reflètent une vie accessible, la célébrité, sont les deux faces d’une même pièce, l’une s’orientant davantage vers le rock, l’autre vers l’électronique décontractée.  

Et puis il y a les moments d’émotion brute comme la ballade au piano « Don’t Worry » » un duo entre le père, Tim Healy, et le fils, et « Guys », plus proche, qui offre une appréciation réfléchie du voyage que Healy et ses compagnons ont fait. 

L’enchaînement de l’album permet de séparer les compositions ayant le même esprit, l’expérience s’apparente à l’ouverture de plusieurs onglets sur votre navigateur alors que vous passez constamment d’un trou de lapin à l’autre. C’est un peu déstabilisant par moments, mais on a l’impression que c’est voulu.

Peut-être que les 1975 proposent les différents styles et humeurs de Notes comme un album à déconstruire et à reconstruire selon les penchants de chacun de leurs publics. Vous voulez créer une collection d’ambiance et d’électronique à la dérive ? Découpez-le de cette façon et voilà. Vous voulez composer avec des rockers ? Prenez ce lot ici. Vous voulez vous prélasser dans l’amertume de l’âme contre des arrangements dénudés ? Prenez ceci, ceci et cela. 

En fait, dans un monde où le shuffle pourrait être le défaut, cet album pourrait bien révéler encore plus ses dons de génie à chaque nouvelle incarnation séquencée.

Pour l’instant, c’est un album qui interpellera certains auditeurs et en récompensera d’autres. Il sera aimé et détesté en quantité égale mais la seule chose qui est sûre, est qu’il ne faudra pas l’ignorer.

***1/2

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :