Sven Wunder: « Eastern Flowers »

On sait très peu de choses sur Sven Wunder, un mystérieux musicien suédois qui habite un voile de clandestinité à la manière de son collègue britannique Burial ; rien n’indique son âge ni même l’âge de son premier album. Tomber sur ce curieux artefact revient à découvrir un bébé dans une couverture sur le pas de votre porte. Cultiver une énigme est séduisant lorsqu’elle provient d’une indifférence à la célébrité et au commerce plutôt que d’un choix étudié et branché. Heureusement, sur Eastern Flowers, son ombrageux créateur penche vers le premier, émettant une musique malicieuse et dérangeante qui porte les marques d’un sculpteur de rythmes distingué sans divulguer aucune trace de son identité. 

Eastern Flowers (Dogu Cicekleri) a d’abord vu le jour l’année dernière grâce à une bourse du Conseil suédois des arts, mais il a maintenant été repris par Piano Piano et géré par Light In The Attic, un label de conservation dont l’intérêt pour les couloirs poussiéreux et ésotériques de l’histoire de la pop fait ici un mariage parfait. À l’instar de la meilleure pop psychédélique, Wunder piréconiseune approche accueillante, douce et délicate sans céder aux conventions ou aux impératifs commerciaux.

Construit autour des sons du saz turc épicé, des synthétiseurs rôdant, des lignes de guitare psychédéliques, des grooves de batterie grasse et des mélodies du Moyen-Orient, l’opus de Wunder va loin pour l’inspiration. Parfois, il ressemble à une mystérieuse bibliothèque musicale jouée d’un seul coup ; d’autres fois, on peut discerner l’influence de noms tels que Madlib, Dexter, Gonjasufi et même le complice de Serge Gainsbourg, Jean-Claude Vannier. Tout au long de son voyage, Wunder répartit un grand nombre de tonalités au milieu des bruits d’un rock venue d’Anatolie, des injections de tabla et des ondulations tirées spaghetti western. 

Dès le prologue au tabla « Black Iris », Wunder met en scène une scène en mode mineur des couleurs vives, à la beauté éraillée nous assujettisant à l’errance, une mélodie carillonnante qui s’élève rarement au-dessus d’un murmure. « Magnolia » frappe un groove gazeux et flottant inspiré d’Heliocentrics qui se déploie avec un passage d’orgue enivrant rappelant le thème de World In Action, aboutissant à une outro de batterie lustrée mais frénétique. 

Percussions à l’air libre, la basse qui s’emballe et la wah-wah frénétique de « Red Rose » se poursuivent dans un vertigineux «  Hibiscus », une chaleur palpable et pleine d’espoir est à l’œuvre ici, et elle s’étend jusqu’aux breaks de « Morning Glory » et de la ludique « Daisy », où l’esprit de Jean-Jacques Perrey et la poussière magique de Vannier sur des morceaux épiques de Gainsbourg sont tissés dans les flots sonores nostalgiques de Wunder. La slap bass et les spaghettis à la Morricone des tropiques de l’Ouest se combinent pour faire vibrer et nous enivrer sur « Hyacinth. ».

Ce disque est une collection d’intrigues musicales charmantes et séduisantes qui fait honneur à la texture, au vocabulaire et à la méthodologie d’un album de hip-hop instrumental tout en y ajoutant des ingrédients éthérés et agréables. Sa puissance ne réside pas seulement dans son savant mélange de balancement humide, de boucles rêveuses et de psychédéliques exotiques de l’Est ; son attitude charmante et décontractée en fait une suite d’efforts rythmiques sui ne peuvent que vous absorber.

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