The Christian Wallumrød Ensemble: « Many »

Le Christian Wallumrød Ensemble a été composé de différentes formations et a connu plusieurs labels dapuis Many, l deuxième album chez Hubro après Kurzsum And Fulger qui date de 2016.  Il n’y a pas eu de changement de line-up depuis lors, donc les cinq musiciens qui composent actuellement le groupe sont clairement satisfaits de la compagnie des autrees au point qu’ils sont prêts à pousser les autres membres à aller aussi loin que cette nouvelle direction musicale peut mener.

Many, à cet égard, est comme un exercice de retenue ; l’espace qui entoure les sons est une part énorme de l’atmosphère. Certains passages du premier album de Tortoise peuvent venir en mémoire, pas tant dans les sons que dans la gêne qui apparaît parfois. Comme pour tester l’auditeur, un motif répétitif peut simplementse faire jour, et quand on s’attend à ce qu’il se termine, il ne le fait pas. Si l’on considère qu’il y a cinq jinterprètes et que chacun est crédité d’un instrument ainsi que de l’électronique, le son est étonnamment épuré, l’utilisation de ladite électronique étant très parcimonieuse.

L’album s’ouvre sur cette répétition insistante et mélancolique, le son brillant du vibraphone s’élevant au-dessus et se détachant sur les motifs précipités dessinés derrière. Il évoque le refroidissement des machines et a cette texture sporadique. Le piano et les vibraphones font une sorte de duo sur « 50/80 », où l’on ressent un sentiment d’émerveillement au ralenti, aidé par le son organique de l’harmonium. C’est là que la retenue s’installe et que l’on a l’impression que les joueurs sont prêts à s’élancer ou à charger au loin, mais ce n’est jamais le cas. On se retrouve suspendu à chaque apparition des deux notes langoureuses et lorsque des notes mineures s’y immiscent, elles semblent presque discordantes.

Le tempo maladroit de la batterie de Per Oddvar Johansen pousse la trompette sur « Danszaale comme si elle osait faire une pause. On a l’impression qu’ils ont oublié comment jouer une valse et qu’ils la rejouent comme s’il s’agissait d’un souvenir brisé, tandis que les longues et lentes descentes sur « Abysm » font penser, quelque part, à une colline d’où on regarderait des avions tomber du ciel. Il y a là un sentiment de désespoir que l’harmonium tente de surmonter. C’est une chose étrange, mais le bref « Staccotta » fera penser à « The Birthday Party » , où le piano en staccato sonne indiscipliné alors que les choses se déroulent et se dispersent derrière lui. C’est la beauté de l’album qui fait que la grande variété des atmosphères qu’ils essaient de reproduire est faite avec ce sens de l’anticipation de l’auditeur. Qu’est-ce qui pourrait venir ensuite, et à quel point cela peut-il être rare ?

Le long morceau de l’album apparaît vers la fin et « El Johnton » commence avec un air de romance délavée, le tempo doux un groove doux qui disparaît ensuite dans un désert électronique. Ici, l’ensemble prend toute sa dimension, mais la retenue est quand même palpable. Ils ne se contentent pas d’enchainer les effets, visant la cacophonie ; mais au contraire, ils laissent tomber les sons comme des cailloux dans un étang, en voyant comment ils se décomposent et comment l’objet suivant – qui peut être un morceau de tissu ou une plume – affecte les ondulations précédentes. À un moment donné, on a comme l’impression d’entrer dans un atelier de coucous sans enthousiasme et à un autre moment, on aurait pu être sous l’eau. Quand le motif original revient, la rêverie est brisée et l’album est presque terminé.

Le morceau de clôture « Dialect » sonne comme si le groupe finissait les phrases de l’autre et dérive dans un étrange limbo jusqu’à ce qu’il soit terminé. Many est un album unique et magnifiquement travaillé, avec une production claire qui met en valeur tout ce dont vous avez besoin. Une écoute étrange mais convaincante.

***1/2

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