Long Neck: « World’s Strongest Dog »

Dans les moments difficiles, il peut être facile de sentir que l’on a perdu l’emprise sur son propre destin. Il est certain que nous sommes influencés et souvent accablés par un million de forces sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle et ignorer complètement ce fait serait irresponsable et dangereux. Mais il y a quelque chose de significatif à dire « tout ça m’emmerde », même si ce n’est que pour un moment fugace. C’est un peu ce que l’on ressent en écoutant World’s Strongest Dog de Long Neck, même si cen’est pas une fuite irréaliste de tous vos problèmes ; juste un moment de lucidité pour prendre le pouvoir sur votre propre vie. 

Prenez, pour preuve, « Campfire », le glorieux chant de combat personnel qui ouvre le disque : « Je veux construire mon propre feu / couper des pêches avec mon propre couteau » (I want to build my own fire/cut peaches with my own knife), chante l’auteur-compositeur Lily Mastrodimos avec un sourire puissant, s’associant aux guitares comme un vent incontrôlable qui souffle à travers les grands arbres. « Campfire » ouvre le disque en plantant un pieu dans le sol comme pour dire : c’est ma vie, je décide où elle va. 

« Cicada » suit la même et pure pulsion de « Campfire » avec un examen attentif de certaines des forces qui nous font douter de nous-mêmes. Chanson pop-rock effervescente, « Cicada » évoque l’auto-dévalorisation sous une forme humaine, une force qui « a enfoncé ses ongles dans le gras de moi » dug her nails into the bulk of me) et « s’est tordue le poignet pour insulter la blessure » ( wisted her wrist to insult the injury). Les paroles de Mastodimos illustrent une bataille déchirante entre votre force créatrice ; « Je veux écrire sur toutes les couleurs que j’ai vues » (I want to write about every color I’ve seen) et notre propre critique interne, mais la chanson est si optimiste et si contagieuse qu’elle sonne presque triomphante.

World’s Strongest Dog met à part les démons intérieurs comme un acte de bonne foi en soi, et en tant que tel, il aborde l’impulsion de se réaliser avec une patience sincère. C’est le but de l’aigu « Slowly, Slowly », qui fait contraster des versets enfiévrés avec un simple refrain d’un mot. « Ces choses horribles que je ressens la nuit/se figent pour se fossiliser » (These awful things I feel at night/settle in to fossilize), Mastrodimos chante comme si cela se passait en temps réel, tout le doute et la douleur étant presque trop accablants à supporter. Mais le « slowly » répété et allongé entre comme pour dissimuler la panique, insister pour ne pas être aussi dur avec soi-même.

Alors que Long Neck a commencé comme une entreprise solo de Mastrodimos, « Slowly, Slowly » brille dans les mains de toute la troupe du groupe. Une guitare ricanante glisse à travers le tout, et les percussions anxigènes de John Ambrosio donnent à la chanson une hâte délibérée pendant les sections les plus terribles. 

Mais des titres comme « Broken Ring » montrent que l’écriture de Mastrodimos brille toujours, même dans sa forme la plus simple. Rappelant « Matriarch » », l’une des autres grandes chansons acoustiques de Long Neck, « Broken Ring » rebondit et crépite avec trépidation devant quelque chose de nouveau. Plein de lignes sur la peur de la prochaine étape, c’est l’allusion à la jouissance du moment présent qui résonne le plus – « Je suis heureuse avec toi près de moi, double ombre sur le sol/Terrifiée de penser que je pourrais perdre ce que je viens de trouver » (I am happy with you near me, dual shadows on the ground/Terrified to think that I could lose what I just found..

Certaines de ces ruminations sur le fait de se remettre en question peuvent sembler, sur le papier, comme si elles prenaient le dessus, comme si elles gagnaient. Mais en réalité, il n’y a ni gagnant ni perdant dans cette bataille – il n’y a que des progrès lents et patients. Prenez « Bad Words », qui clôt l’album dans un mantra éclatant d’autodérision : « Peut-être que si je fais le ménage, quelqu’un m’aimera en retour » (maybe if I clean up my act/someone will love me back). Insister sur le fait que vous n’avez peut-être pas toute votre tête ne semble pas être la chose la plus motivante au monde, mais lorsque Mastrodimos hurle ces lignes dans les derniers moments de l’album, on a l’impression d’avoir un espoir sincère et total, comme si on envoyait un message qui dit « les choses vont s’améliorer parce que je vais les rendre meilleures ».

Long Neck, avec World’s Strongest Dog, a vraiment allumé son propre feu. Et il brûle aussi fort qu’on peut l’espérer ; il brûle tout seul.

***1/2

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