Man Man: « Dream Hunting In The Valley Of The In-Between »

Dream Hunting in the Valley of the In-Between, le sixième album du groupe expérimental Man Man, suit la même voie que celle tracée par tyen 2013. Comme la précédente sortie, cet album est un peu plus apprivoisé que les précédents travaux plus féroces du groupe, mais il conserve le don du groupe pour les histoires excentriques, les compositions uniques et l’expérimentation sonore. Sur cet album, le frontman Honus Honus (alias Ryan Kattner) canalise son énergie chaotique dans une attaque plus ciblée.

L’album s’ouvre avec l’apaisant instrumental de jazz « Dreamers », qui commence par un paysage d’une beauté atmosphérique qui se transforme brusquement en une étrange cacophonie de cordes tout droit sortie d’un film d’horreur au début de « Cloud Nei » ». La tension créée au début de la chanson persiste tout au long, alors que le piano pop mid-tempo est juxtaposé à des épanchements musicaux inattendus et à des rythmes dynamiques. « Je ne veux pas savoir si tu vis dans le déni » ( Idon’t wanna know if you’re living in denial), chante Kattner avec cynisme.

Tout au long de l’album, Kattner raconte des histoires fascinantes d’amour, de luxure, de mort, d’occultisme et d’attaques diverses. Les chansons au piano contiennent des éléments de jazz et de rock, avec l’oreille attentive de Kattner pour les mélodies à chanter qui n’a d’égal que son désir d’attaquer ces mélodies par des éclats inattendus de chahut.  Ces éclats tumultueux, qui se produisent fréquemment et généralement sans avertissement, font partie de ce qui rend Dream Hunting in the Valley of the In-Betwee si excitante, sans moments d’ennui, même sur ses 17 titres.

Des morceaux comme « Animal Attraction » et » »Lonely Beuy » » font allusion à un homme plus discret, mais ces moments sont rares. La plupart des titres qui commencent par s’apprivoiser deviennent anarchiques en un clin d’œil.

Le récit édifiant « Goat »raconte l’histoire d’une femme qui contracte la salmonelle après avoir été mordue par une chèvre et qui meurt faute de pouvoir trouver un médecin. Cette chanson joyeusement excentrique mêle des grooves de jazz fluides à des percussions caribéennes, une ligne de basse menaçante et un rythme syncopé qui s’étire et se contracte. « Elle transpire à travers les draps comme un sac de viande pourrie » (She’s sweating through the sheets like a bag of rotting meat) crache Kattner avec son phrasé disparate. 

En parlant de salmonelle, « Sheela » est une chanson d’amour ironique, dans laquelle Kattner tente de courtiser le leader de la secte Ma Anand Sheela, surtout connu pour sa condamnation relative à l’attaque bioterroriste de Rajneeshee en 1984. « Avez-vous l’impression de dévaler une montagne même si votre corps n’est pas en mouvement ? Et que l’amour que vous recherchez est hanté et que vos pensées sont plus épaisses que le chocolat ? » (Do you feel like you’re rolling down a mountain even when your body’s not in motion? And the love you’re looking for is haunted and your thoughts are thicker than chocolate?) Kattner chante sur un mode doo-wop.

« Hunters » montrera le talent de l’homme à prendre des vers brisés et les ponctuer de refrains chargés de distorsion, de discordance et de brusques changements de tempo.  « The Prettiest Song in the World » (La plus belle chanson du monde) montre l’homme dans ce qu’il a de plus fou, une chanson qui s’envole à travers les tempos et les tonalités, en particulier à mi-parcours. « Je voulais t’écrire la plus belle chanson du monde, mais j’ai été distrait par les feux de forêt sur Burbank » (I wanted to write you the prettiest song in the world but I got distracted by wildfires over Burbank), chante Kattner, oscillant entre un piano lent et un rock débridé.

Sur cet album, la voix de Kattner est à son meilleur, avec quelques unes de ses freak-outs vocaux, mais pour la plupart, il évite les beuglements désordonnés des premières œuvres de Man Man pour un chant plus doux. Le style de chant plus typique rend Dream Hunting in the Valley of the In-Between plus accessible que les autres albums de Man Man, tout comme l’utilisation de compositions plus reconnaissables. Si le chaos qui se produit à petites doses se traduit par moins de moments de brillance, il rend également l’album plus facile à digérer.

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